‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 176 sur 265 · LUSIGNAN A SA FILLE, POUR LA RAMENER A LA RELIGION DE SES PÈRES · texte numérisé non relu

LUSIGNAN A SA FILLE, POUR LA RAMENER A LA RELIGION DE SES PÈRES

Mon Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire, J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire ; Dans un cachot affreux abandonné vingt ans, Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants : Et, lorsque ma famille est par toi réunie. Quand je trouve ma fille, elle est ton ennemie.

Je suis bien malheureux ! C'est ton père, c'est moi.

C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi.

Ma fille, tendre objet de mes dernières peines. Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines C'est le sang de vingt rois, tous chrétiens comme moi ; C'est le sang des héros, défenseurs de ma loi ; C'est le sang des martyrs. O fille encor trop chère ! Connais-tu ton destin ? Sais-tu quelle est ta mère î Sais-tu bien qu'à l'instant que son flanc mit au jour Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour, Je la vis massacrer par la main forcenée, Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ? Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T'Quvrent leurs bras sanglants tendus du haut des cieux Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes, Pour toi, pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes ; En ces lieux où mon bras le servit tant de fois, En ces lieux où son sang te parle par ma voix. Vois ces murs, vois ce temple, envahis par tes maîtres Tout annonce le dieu qu'ont vengé tes ancêtres. Tourne les yeux : sa tombe est près de ce palais ; C'est ici la montagne où, lavant nos forfaits. Il voulut expirer sous les coups de l'impie ; C'est là que de la tombe il rappela sa vie.

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