L AVARE ET S0.\ FILS
Par je ne sais quelle aventure, Un avare, un beau jour, voulant se bien tiaiter, Au marché courut acheter Des pommes pour sa nourriture 27*
Dans son armoire il les porta,
Les compta, rangea, recompta, Ferma les doubles tours de sa double serrure.
Et chaque jour les visita.
Ce malheureux, dans sa folie,
Les bonnes pommes ménageait ; xMais lorsqu'il en trouvait quelqu'une de pourrie,
En soupirant il la mangeait.
Son fils, jeune écolier, faisant fort maigre chère, Découvrit à la fin, les pommes de son père. Il attrape les clés, et va dans ce réduit, Suivi de deux amis d'excellent appétit Or vous pouvez juger le dégât qu'ils y firent,
Et combien de pommes périrent !
L'avare arrive- en ce moment.
De douleur, d'effroi palpitant :
" Mes pommes, criait-il, coquins, il faut les rendre,
Ou je vais tous vous faire pendre.
— Mon père, dit le fils, calmez-vous, s'il vous plaît;
Nous sommes d'honnêtes personnes :
Et quel tort vous avons-nous fait ?
Nous n'avons mangé que les bonnes."
{Liv. IV, fab. X.)