JEANNE D ARC ET LA FRANCE
Il y eut bien des martyrs ; l'histoire en cite d'innombrable:^, plus ou moins purs, plus ou moins glorieux. L'orgueil a eu les siens, ainsi que la haine et l'esprit de dispute. Aucun siècle n'a manqué de martyrs batailleurs, qui sans doute mouraient de bonne grâce, quand ils n'avaient pu tuer . . . Ces fanatiques n'ont rien à voir ici. Jeanne Darc n'est point des leurs, elle est un signe à part : bonté, charité, douceur d'âme.
Elle eut la douceur des anciens martyrs, mais avec une différence. Les premiers chrétiens ne restaient doux et purs qu'en fuyant l'action, en s'épargnant la lutte et l'épreuve du monde. .leatme fut douce dans la phis âpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre même.
Elle prit les armes, quand elle sut la pitié quHl y avait au royaume de France. Elle ne pouvait voir couler le sang français. Cette tendresse de cœur, elle l'eut pour toi;*' les hommes ; elle pleurait après les victoires et soignait les Anglais blessés.
Pureté, douceur, bonté héroïque, que cette suprême beauté de l'âme se soit rencontrée en une fille de France.
cela peut surprendre les étrangers qui n'aiment à juger notre nation que par la légèreté de ses mœurs. Disonsleur (et sans partialité, aujourd'hui que tout cela est si loin de nous), que sous cette légèreté, parmi ses folies et ses vices même, la vieille France ne fut pas nommée sans cause le peuple très-chrétien. C'était certainement le peuple de l'amour et de la grâce. Qu'on l'entende humainement ou chrétiennement, aux deux sens, cela sera toujours vrai.
Le Sauveur de la France devait être une femme. La France était femme elle-même. Elle en avait la mobilité, mais aussi l'aimable douceur, la pitié facile et charmante, l'excellence au moins du premier mouvement. Lors même qu'elle se complaisait aux vaines élégances et aux raffinements extérieurs, elle restait au fond plus près de la nature. Le Français, même vicieux, gardait plus qu'aucun autre le bon sens et le bon cœur.
{^Histoire de France.)