DE LA SITUATION DU PEUPLE A L AVENEMENT DE HUGUES- CAPET
Quoiqu'à l'avènement de Hugues-Capet au trône on distinguât l'homme libre du serf, cette distinction ne laissait presque aucune différence entre eux. La souveraineté que les seigneurs avaient usurpée dans leurs terres, ouvrage de l'avarice et de la vanité, était devenue la tyrannie la plus insupportable...
Chaque terre fut une véritable prison pour ses habitants. Ici, ces prétendus hommes libres ne pouvaient disposer de leurs biens ni par testament ni par acte entre vifs, et leur seigneur était leur héritier, au défaut d'enfants domiciliés dans son fief; là, il ne leur était permis de disposer que d'une partie médiocre de leurs immeubles ou de leur mobilier ; ailleurs, ils ne pouvaient se marier qu'après en avoir acheté la permission. Chargés partout de corvées fatigantes, de devoirs humiliants et de contributions ruineuses, ils avaient continuellement à craindre quelque amende, quelque taxe aibitraire, ou la confiscation entière de leurs biens. La qualité d'homme libre était devenue à charge à une foule de citoyens. Les uns vendirent par désespoir leur liberté à des maîtres qui furent du moins intéressés à les faire subsister ; et d'autres, qui s'étaient soumis pour eux et pour leur postérité à des devoirs serviles envers une église ou un monastère, consentirent sans peine que leur dévotion devînt un titre de leur esclavage.
Cette tyrannie des seigneurs avait commencé dans icâ