CARACTERE DES LAN'GROIS
Les habitants de Langres ont beaucoup d'esprit, trop de vivacité, une inconstance de girouettes ; cela vient, je crois, des vicissitudes de leur atmosphère qui passe en vingtquatre heures du froid au chaud, du calme à l'orage, du serein au pluvieux. Il est impossible que ces effets ne se fassent pas sentir sur eux et que leurs âmes soient quol(|ue temps de suite dans une même assiette Elles s'accoulu-
nient ainsi, dès la plus tendre enfance, à tourner à tout vent, lia tête d'un Langrois est sur les épaules comme un coq d'église au haut d'un clocher ; elle n'est jamais fixe dans un point ; et si elle revient à celui qu'elle a quitté, ce n'est pas pour s'y arrêter. Avec une rapidité surprenante dans les mouvements, dans les désirs, daife les projets, dans les fantaisies, dans les idées, ils ont le parler lent. — Pour moi, je suis de mon pays ; seulement le séjour de la capitale et l'application assidue m'ont un peu corrigé. Je suis constant dans mes goûts ; ce qui m'a plu une fois me plaît toujours, parce que mon choix, est toujours motivé ; que je haïsse ou j'dme, je sais pourquoi. Il est vrai que je suis porté naturellement à négliger les défauts et à m'enthousiasmer des qualités. Je suis plus affecté des charmes de la vertu que de la difformité du vice ; je me détourne doucement des méchants et je vole au-devant des bons. S'il y a dans un ouvrage, dans un caractère, dans un tableau, dans une statue un bel endroit, c'est là que mes yeux s'arrêtent ; je ne vois que cela ; je ne me souviens que de cela ; le reste est près que oublié.
[Lettres à Mlle Voland.)