‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 101 sur 191 · APPARITION AU ROI CHARLES VI DANS LA FORET DU MANS · texte numérisé non relu

APPARITION AU ROI CHARLES VI DANS LA FORET DU MANS

On était alors au commencement d'août, dans les jours les plus chauds de l'année. Le soleil était ardent, surtout dans ce pays sablonneux. Le Roi était à cheval, vêtu de l'habillement court et étroit qu'on nommait un Jacque ; le sien était en velours noir et réchauffait beaucoup. Il avait sur la tête un chaperon de velours écarlate, orné d'un chapelet de grosses perles, que lui avait donné la Reine à son départ. Derrière lui étaient deux pages à cheval ; l'un portait un de

ces beaux casques d'acier, légers et polis qu'on fabriquait alors à Montauban ; l'autre tenait une lance, dont le fer avait été donné au Roi par le sire de La Rivière, qui l'avait rapporté de Toulouse, où on les forgeait mieux que nulle part ailleurs. Pour ne pas incommoder le Roi par la poussière et la chaleur, on le laissait marcher ainsi presque seul. Le duc de Bourgogne et le duc de Berri étaient à gauche, quelques pas en avant, conversant ensemble. Le duc d'Orléans, et le duc de Bourbon, le Sire de Coucy et quelques autres étaient aussi en avant, formant un autre groupe. Par derrière, les sires de Navarre, d'Albert, de Bar, d'Artois, et beaucoup d'autres formaient une assez grande troupe.

On cheminait en cet équipage, et l'on venait d'entrer dans la grande forêt du Mans, lorsque tout-à-coup sortit de derrière un arbre, au bord de la route, un grand homme, la tête et les pieds nus, vêtu d'une méchante souquenille blanche. Il s'élança et saisit le cheval du Roi par la bride :

" Ne va pas plus loin, noble roi, cria-t-il d'une voix terrible ; retourne, tu es trahi !" Les hommes d'armes accoururent sur-le-champ, et frappant du bâton de leurs lances sur les mains de cet homme, lui firent lâcher la bride. Comme il avait l'air d'un pauvre fou et de rien de plus, on le laissa aller sans s'informer de rien, et même il suivit le Roi pendant près d'une demi-heure, répétant de loin le même cri. (Histoire des ducs des Bourgogne.)

NODIER (Charles) naquit à Besançon, le 29 Avril 1783. Opposé à la politique de l'Empereur, son ode la Napoléone lui valut un long et pénible exil. Au retour des Bourbons, il rentra en France, obtint une place de bibliothécaire qu'il a conservée jusqu'à sa mort et qui lui assurait une existence honorable et tranquille. Poète élégant et spirituel, philologue distingué, bibliographe instruit et critique savant, Cli. Nodier se faisait remarquer encore par la bonté avec laquelle il ac-

cueillait les jeunes talents et par l'appui qu'il savait prêter à toute bonne doctrine littéraire. Parmi ses ouvrages on doit surtout citer ses Contes, ses Souvenirs de Jeunesse et ses Souvenirs de la Révolution française.

Après avoir fait une savante critique de l'ancien dictionnaire de l'académie française, Ch. Nodier est devenu membre de cette société en 1833. Cet écrivain est mort à Paris en Janvier 1844, regretté des amis des lettres et de tous ceux qui l'avaient connu.

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