A DU PERRIER. SUR LA MORT DE SA FILLE
Ta douleur, Du Perrier, sera donc éternelle 1
Et tes tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle,
L'augmenteront toujours ?
Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?
Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin ; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre,
N'en défend point nos rois.
RACAN (Honorât de Bueel, marquis de) naquit à la Roche-Racan en Touraine, en 1589. C'est dans la maison du duc de Bellegarde qu'il rencontra pour la première fois Malherbe, qui devint son mailre et son ami. Il lui demanda un jour quel état il devait embrasser pour se concilier l'approbation universelle ; Malherbe lui récita le Meunier, son fils et Vâne , fable du Pogge, et Racan comprit qu'il était en efïêt impossible de prendre un parti qui plût à tout le monde. Il consacra donc ses loisirs au culte des muses, et mérita par ses Bergeries, et quelques pièces de vers pleines de naturel et de simplicité, une place distinguée parmi les poètes de son temps.
Racan, qui fut un des premiers membres de l'Académie française, mourut à la Roche-Racan en 1670.