CIRCE
(cantate.)
Sur un rocher désert, l'effroi de la nature, Dont l'aride sommet semble toucher les cieux, Circé pâle, interdite, et la mort dans les yeux,
Pleurait sa funeste aventure.
Là, ses yeux errant sur les flots, D'Ulysse fugitif semblaient suivre la trace. Elle croit voir encor son volage héros, Et cette illusion soulageant sa disgrâce,
Elle le rappelle en ces mots Qu'interrompent cent fois ses pleurs et ses sanglots
Cruel auteur des troubles de mon âme, Que la pitié retarde un peu tes pas ! Tourne un moment tes yeux sur ces climats, Et si ce n'est pour partager ma flamme, Reviens du moins pour hâter mon trépas.
Ce triste cœur, devenu ta victime, Chérit encor l'amour qui la surprit,
Amour fatal ! ta haine en est le prix.
Tant de tendresse, ô dieux ! est-elle un crime,
Pour mériter un si cruel mépris ?
Cruel auteur des troubles de mon âme, Que la pitié retarde un peu tes pas ! Tourne un moment tes yeux sur ces climats, Et si ce n'est pour partager ma flamme, Reviens du moins pour hâter mon trépas.
C'est ainsi qu'en regrets sa douleur se déclare ; Mais bientôt, de son art, employant le secours Pour rappeler l'objet de ses tristes amours, Elle invoque à grands cris tous les dieux du Ténare, Les Parques, Némésis, Cerbère, Phlégéton, Et l'inflexible Hécate, et l'horrible Alecton. Sur un autel sanglant l'affreux bûcher s'allume : La foudre dévorante aussitôt le consume. Mille noires vapeurs obscurcissent le jour ; Les astres de la nuit interrompent leur course ; Les fleuves étonnés remontent vers leur source, Et Pluton même tremble en son obscur séjour.
Sa voix redoutable Trouble les enfers ; Un bruit formidable Gronde dans les airs ; Un voile effroyable Couvre l'univers ; La terre tremblante Frémit de terreur ; L'onde turbulente Mugit de fureur ; La lune sanglante Recule d'horreur.
Dans le sein de la mort ses noirs enchantements Vont troubler le repos des ombres ;