‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 35 sur 191 · FÉNELON · texte numérisé non relu

FÉNELON

Louis. Je parie que vos maîtresses y ont eu une plus grande part que les officiers d'armée, si bien donc que le peuple est ruiné, la guerre encore allumée, la justice vénale, la cour livrée à toutes les folies des femmes galantes, tout l'État en souffrance. Yoilà ce règne si brillant qui a effacé le mien. Un peu de modération vous aurait fait bien plus d'honneur.

François. Mais j'ai fait plusieurs grandes choses qui m'ont fait louer comme un héros, on m'appelle le grand roi François.

Louis. C'est-à-dire que vous avez été flatté pour votre argent, et que vous vouliez être héros aux dépens de l'Etat, dont la seule prospérité devait faire toute votre gloire.

François. Non, les louanges qu'on m'a données étaient sincères.

Louis. Hé ! y a-t-il quelque roi si faible et si corrompu à qui on n'ait pas donné autant de louanges que vous en avez reçu ? Donnez-moi le plus indigne de tous les princes, on lui donnera tous les éloges qu'on vous a donnés. Après cela, achetez des louanges par tant de sang et par tant de sommes qui ruinent un royaume !

François. Du moins j'ai eu la gloire de me soutenir avec constance dans mes malheurs.

Louis. Vous auriez mieux fait de ne vous mettre jamais dans le besoin de faire éclater cette constance. Le peuple n'avait que faire de cet héroïsme. Le héros ne s'est-il point ennuyé en prison ?

François. Oui, sans doute, et j'achetai la liberté bien chèrement.

(Dialogues.)

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