‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 64 sur 191 · LES VOYAGES À PIED · texte numérisé non relu

LES VOYAGES À PIED

Je ne connais qu'une manière de voyager plus agréable que d'aller à cheval ; c'est d'aller à pied. On part à son moment, on s'arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d'exercice qu'on veut. On observe tout le pays ; on se détourne à droite, à gauche ; on examine tout ce qui nous flatte ; on s'arrête à tous les points de vue. Aperçois-je une rivière, je la côtoie ; un bois touffu, je vais sous son ombre ; une grotte, je la visite ; une carrière, j'examine les minéraux. Partout où je me plais, j'y reste. A l'instant où je m'ennuie, je m'en vais. Je ne dépends ni des chevaux ni du postillon. Je n'ai pas besoin de choisir des chemins tout faits, des routes commodes ; je passe partout où un homme peut passer ; je vois tout ce qu'un homme peut voir ; et, ne dépendant que de moi-même, je jouis de toute la liberté dont un homme peut jouir

Voyager à pied, c'est voyager comme Thaïes, Platon et Pythagore. J'ai peine à comprendre comment un philosophe peut se résoudre à voyager autrement, et s'arracher à l'exa-

men des richesses qu'il foule aux pieds et que la terre prodigue à sa vue... Combien de plaisirs différents on rassemble par cette agréable manière de voyager ! Sans compter la santé qui s'affermit, l'humeur qui s'égaie.

(Emile.)

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