‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 182 sur 216 · C. DELAVIGNE · texte numérisé non relu

C. DELAVIGNE

L'air est si parfumé ! la lumière est si pure ! Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie Ce calice mêlé de nectar et de fiel : Au fond de cette coupe où je buvais la vie, Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l'avenir me gardait-il encore Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ! Peut-être dans la foule une âme que j'ignore Aurait compris mon âme et m'aurait répondu !„.

La fleur tombe en livrant ses ])arfums au zéphyre ; A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ; Moi je meurs : et mon âme, au moment qu'elle expire, S'exhale comme un son triste et mélodieux.

[Méditations,)

Le livre de la vie est un livre suprême

Qu'on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;

Le passage adoré ne s'y lit qu'une fois,

Et le feuillet fatal se tourne de lui-même.

On voudrait revenir à la page où l'on aime....

Et la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts.

c. DELAVIGNE.

DELAVIGNE (Jean-François-Casimir) naquit au Havre au mois d'avril 1793. Un fort beau dithyrambe commença, dès le collège, la réputation de celui qui devait rendre au théâtre la langue pure et mélodieuse de Racine. Les Messéniennes, dont les trois premières parurent en 1815, eurent un succès qu'aucune œuvre lyrique n'avait obtenu auparavant. La France tout entière applaudit avec enthousiasme au jeune poète oui s'était fait le noble interprète de ses douleurs et de

SOS espérances. Les Vêpres siciliennes, représentées en 1821, furent pour C. Delavigne, l'occasion d'un nouveau triomphe. Aucune pièce, à l'exception du Cid, n'avait été accueillie avec une faveur aussi éclatante. Depuis cette époque, chaque œuvre du poète a ajouté à sa réputation. Le Paria, Marino, Louis XI, les Enfants d'Edouard, la Fille du Cid, les Comédiens, V Ecole des vieillards, la Popularité, etc., sont des ouvrages qui restent dans toutes les mémoires, et dont la place est déjà marquée parmi les chefs-d'œuvre de notre théâtre.

C. Delavigne, élu à l'unanimité par l'Académie française en 1825, a rencontré, dans ses dernières années, une critique un peu trop sévère à son égard. — Ce poète élégant et chaste est mon à Lyon le 14 décembre 1843. Quelques heures avant sa mort, il récitait des vers de MélusinCy tragédie qu'il n'a pas eu le temps d'achever.

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