MICHELET
* MICHELET (Jules) est né à Paris en 1798. Professeur d'histoire dès l'année 1822, il fut nommé tour-à-tour maître de conférences à l'Ecole Normale, chef de la section historique aux archives du royaume et professeur d'histoire au Collège de France, où il a remplacé M. Guizot. Les cours de M. Michelet sont on ne peut plus populaires et excitent avec raison l'enthousiasme des nombreux jeunes gens qui s'y pressent. Nous avons nous-même assisté aux éloquentes leçons de ce
savant historien, et elles ont laissé en nous un souvenir ineffaçable, une admiration vive et profonde. Après avoir publié plusieurs précis historiques accueillis avec faveur, M. Michelet fit paraître une traduction de Vico, dont il est le plus fervent disciple, et une biographie de Luther : ces deux ouvrages révèlent un grand talent et une érudition peu commune. U Histoire de la république romaine date de 1831 et vint encore ajouter à, la réputation de l'auteur. Mais le travail le plus important de M. Michelet, celui auquel il a voué sa vie entière est sa belle Histoire de France, dont la publication a commencé en 1833. On suppose que ce gigantesque et magnifique ouvrage se composera de 12 volumes au moins : le 7^ est sur le point de paraître.
Depuis 1838 M. Michelet est membre de l'Institut. Il continue toujours à occuper avec éclat sa chaire de professeur au Collège de France, et a encore accru sa popularité pendant la lutte de l'Université contre les Jésuites. C'est à l'occasion de cette lutte qu'il a publié le pamphlet intitulé: La femme, le 'prêtre et la famille.
Il y eut bien des martyrs ; l'histoire en cite d'innombrables, plus ou moins purs, plus ou moins glorieux. L'orgueil a eu les siens, ainsi que la haine et l'esprit de dispute. Aucun siècle n'a manqué de martyrs batailleurs, qui sans doute mouraiefit de bonne grâce, quand ils n'avaient pu tuer . . . Ces fanatiques n'ont rien à voir ici. Jeanne Darc n'est point des leurs, elle est un signe à part : bonté, charité, douceur d'âme.
Elle eut la douceur des anciens martyrs, mais avec une différence. Les premiers chrétiens ne restaient doux et purs qu'en fuyant l'action, en s'épargnant la lutte et l'épreuve du monde. Jeanne fut douce dans la plus âpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre même.
Elle prit les armes, quand elle sut la pitié qu'il y avait au royaume de France, Elle ne pouvait voir couler le sang français. Cette tendresse de cœur, elle l'eut pour tous les hommes ; elle pleurait après les victoires et soignait les Anglais blessés.
Pureté, douceur, bonté héroïque, que cette suprême beauté de l'âme se soit rencontrée en une fille de France,
cela peut surprendre les étrangers qui n'aiment à juger notre nation que par la légèreté de ses mœurs. Disonsleur (et sans partialité, aujourd'hui que tout cela est si loin de nous), que sous cette légèreté, parmi ses folies et ses vices même, la vieille France ne fut pas nommée sans cause le peuple très-chrétien. C'était certainement le peuple de l'amour et de la grâce. Qu'on l'entende humainement ou chrétiennement, aux deux sens, cela sera toujours vrai.
Le Sauveur de la France devait être une femme. La France était femme elle-même. Elle en avait la mobilité, mais aussi l'aimable douceur, la pitié facile et charmante, l'excellence au moins du premier mouvement. Lors même qu'elle se complaisait aux vaines élégances et aux raffinements extérieurs, elle restait au fond plus près de la nature. Le Français, même vicieux, gardait plus qu'aucun autre le bon sens et le bon cœur.
[Histoire de France.)