‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 36 sur 216 · CORNEILLE ET RACINE · texte numérisé non relu

CORNEILLE ET RACINE

Corneille n'a eu devant les yeux aucun auteur qui ait pu le guider; Racine a eu Corneille.

Corneille a trouvé le théâtre Français très grossier, l'a porté à un haut point de perfection ; Racine ne l'a pas soutenu dans la perfection où il l'a trouvé.

Les caractères de Corneille sont \Tais, quoiqu'ils ne soient pas communs ; les caractères de Racine ne sont vrais que parce qu'ils sont communs.

Quelquefois les caractères de Corneille ont quelque chose de faux, à force d'être nobles et singuliers ; souvent ceux de Racine ont quelque chose de bas, à force d'être naturels...

On rapporte des pièces de l'un, le désir d'être vertueux ; et des pièces de l'autre, le plaisir d'avoir des semblables dans ses faiblesses.

Le tendre et le gracieux de Racine se trouvent quelquefois dans Corneille ; le grand de Corneille ne se trouve jamais dans Racine.

Racine n'a presque jamais peint que des Français et que le siècle présent, même quand il a voulu peindre un autre siècle et d'autres nations ; on voit dans Corneille toutes les nations et tous les siècles qu'il a voulu peindre. Le nombre des pièces de Corneille est beaucoup plus grand que celui des pièces de Racine, et cependant Corneille s'est beaucoup moins répété lui-même que Racine n'a fait.

Dans les endroits où la versification de Corneille est belle, elle est plus hardie, plus noble, plus forte, et en même temps aussi nette que celle de Racine ; mais elle ne se soutient pas dans ce degré de beauté, et celle de Racine se soutient toujours dans le sien.

Des auteurs inférieurs à Racine ont réussi après lui dans son genre ; aucun auteur, même Racine, n'a osé toucher, après Corneille, au genre qui lui était particulier.

6 [Eloges.)

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