‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 57 sur 216 · CAPET · texte numérisé non relu

CAPET

Quoiqu'à l'avènement de Hugues-Capet au trône on distinguât l'homme libre du serf, cette distinction ne laissait presque aucune différence entre eux. *La souveraineté que les seigneurs avaient usurpée dans leurs terres, ouvrage de l'avarice et de la vanité, était devenue la tyrannie la plus insupportable...

Chaque terre fut une véritable prison pour ses habitants. Ici, ces prétendus hommes libres ne pouvaient disposer de leurs biens ni par testament ni par acte entre vifs, et leur seigneur était leur héritier, au défaut d'enfants domiciliés dans son fief; là, il ne leur était permis de disposer que d'une partie médiocre de leurs immeubles ou de leur mobilier ; ailleurs, ils ne pouvaient se marier qu'après en avoir acheté la permission. Chargés partout de corvées fatigantes, de devoirs humiliants et de contributions ruineuses, ils avaient continuellement à craindre quelque amende, quelque taxe arbitraire, ou la confiscation entière de leurs biens. La qualité d'homme libre était devenue à charge à une foule de citoyens. Les uns vendirent par désespoir leur liberté à des maîtres qui furent du moins intéressés à les faire subsister ; et d'autres, qui s'étaient soumis pour eux et pour leur postérité à des devoirs serviles envers une église ou un monastère, consentirent sans peine que leur dévotion devînt un titre de leur esclavage. ^

Cette tyrannie des seigneurs avait commencé dans les

campagnes, et elle en chassa les plus riches habitants, qui se réfugièrent dans les villes, où ils se flattaient de vivre sous la protection des lois ; mais les maux qu'ils fuyaient les y poursuivirent, quand les comtes eurent changé leurs gouvernements héréditaires en des principautés souveraines. Ces nouveaux seigneurs exercèrent à leur tour sur les bourgeois la même autorité que les autres seigneurs avaient acquise sur les vilains de leurs terres. Les péages, les droits d'entrée, d'escorte et de marché se multiplièrent à l'infini. Les villes furent sujettes, comme les campagnes, à une taille arbitraire, et obligée de défrayer leur seigneur et ses gens quand il y venait. Vivres, meubles, chevaux, voitures, tout était alors enlevé, et on aurait dit que les maisons des bourgeois étaient au pillage.

{^Observations sur Vhistoire de France.)

RAYNAL (Guillaume-Thomas-Fraxçois, abbé) naquit à Saint- Génies en Rouergue, en 1711. Son Histoire du parlement d/ Angleterre et celle du Stathoudérat sont aujourd'hui complètement oubliées ; sa réputation n'est fondée que sur son Histoire philosophique et politique des deux Indes, qui obtint dans le dernier siècle un grand succès de parti. Cet ouvrage, rempli de déclamations philosophiques contre les lois et les gouvernants, plut alors par ses défauts mêmes. Aujourd'hui, tout en faisant la part des erreurs, des inexactitudes et des contradictions nombreuses que renferme ce livre, on est forcé de reconnaître qu'il présente des faits curieux et des tableaux intéressants, que la narration en est vive, rapide, animée et que le style en est souvent noble et élevé.

Ra^'ual mourut à Passy près Paris le 6 mars 1796.

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