‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 77 sur 216 · VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

VINCENT DE PAUL

A la tête de ces protecteurs de l'humanité souffrante, je vois un homme qui a reçu du Ciel le don de Pélocution et la sensibilité la plus profonde, éloquent à force d'âme et de vertu,fécond en pensées du cœur, et par là même également sublime et populaire dans ses discours, doué du plus rare courage d'esprit, de la conception des grandes entreprises et de la patience des plus petits détails, d'une imagination hardie et d'un jugement sage, d'une prudence consommée pour discerner l'à-propos des moments opportuns, saisir le point de maturité des projets utiles, et s'attacher aux établissements durables ; enfin d'un zèle ardent et inébranlable, d'un attrait de persuasion qui rallie toutes les opinions à ses sentiments, et du talent plus heureux encore et plus rare d'embraser les cœurs du feu divin dont il est consumé lui-même. Cet homme anime tout, propose les bonnes œuvres, discute les moyens, indique les ressources, écarte les obstacles, correspond à la fois avec le gouvernement, avec les riches, avec les malheureux. Son regard embrasse

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toutes les provinces ; il veille sans cesse pour la patrie ; il est présent à toutes les calamités ; il atteint tous les malheurs par sa bienfaisance ; il transporte tous ses auditeurs au milieu des désastres publics ; il les entraîne dans ce tourbillon de charité qui l'environne, les pénètre de terreur, les fait fondre en larmes, les oppresse de sanglots, leur ôte leur âme pour leur donner la sienne, et cet homme de la Providence est Vincent de Paul, qui, du milieu de son assemblée de charité, semble dire, comme le Fils de Dieu, d'une voix qui est entendue jusqu'aux extrémités du royaume : Venez a moi, ô vous qui souffrez, et je vous soulagerai. [Panégyrique de saint Vincent de Paul.)

l'auteur du télémaque.

On croirait que Fénelon a produit le Télémaque d'un seul jet ; l'homme de lettres le plus exercé dans l'art d'écrire île pourrait distinguer les moments où Fénelon a quitté et repris la plume, tant ses transitions sont naturelles, soit qu'il entraîne doucement par la pente de ses idées, soit qu'il fasse franchir avec lui l'espace que l'imagination agrandit ou resserre à son gré. Jamais on n'aperçoit aucun effort : maître de sa pensée, il la voit sans nuages : il ne l'exprime pas, il la peint ; il sent, il pense, et le mot suit avec la grâce, la noblesse ou l'onction qui lui convient. Toujours coulant, toujours lié, toujours nombreux, toujours périodique, il connaît l'utilité de ces liaisons grammaticales que nous laissons perdre, qui enrichissaient l'idiome du grec, et sans lesquelles il n'y aura jamais de style. On ne le voit pas recommencer à penser de ligne en ligne ; traîner péniblement des phrases, tantôt précises, tantôt diffuses, où l'esprit peint son embarras à chaque instant, et ne se relève que pour retomber : son élocution pleine et harmonieuse, enrichie des métaphores les mieux suivies, des allégories les plus sublimes, des images les plus pittoresques, ne présente au lecteur que clarté, facilité, élégance et rapidité. Grand, parce qu'il est singulier, il ne se sert de la parole que pour exprimer ses idées, et n'étale jamais ce luxe d'esprit qui,

dans les lettres comme dans les Etats, n'annonce que l'indigence. Modèle accompli de la poésie descriptive, il multiplie ces comparaisons vastes qui supposent un génie observateur, et il flatte sans cesse l'oreille par les charmes de l'harmonie imitative : en un mot, Fénelon donne à la prose la couleur, la mélodie, l'accent, l'âme de la poésie ; et son style, vrai, enchanteur, inimitable, trop abondant peut-être, ressemble à sa vertu.

[Essai sur V éloquente de la chaire.)

MIRABEAU (Henri-Gabriel Riqueti, comte de) naquit au Bignon, près de Nemours, en 1749. Quelques écrits remarquables, parmi lesquels nous citerons V Essai sur le despotisme et VHistoire secrète de la monarchie prussienne, l'avaient déjà, fait connaître, lorsque la convocation des Etats -généraux ouvrit une nouvelle carrière à ses talents ■ et à, son ambition. Dès son début, il fut impossible de ne pas reconnaître en lui le tribun dont la parole devait dominer dans cette tumultueuse assemblée : aussi, malgré les attaques de l'envie, les accusations des partis, et les calomnies que la haine semait contre lui, il sut toujours conserver son influence et ressaisir la faveur populaire bien souvent prête à, lui échapper, en écrasant sous les foudres de son ardente et irrésistible parole tous ceux qui cherchaient à la lui disputer.

Les beaux discours de Mirabeau sont dignes d'être comparés à tout ce que l'éloquence antique a produit de plus admirable.

Usé avant l'âge par des excès de tout genre et les fatigues de la tribune, Mirabeau mourut presque subitement le 2 avril 1791.

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