ALEXANDRE ET SON MEDECIN
Alexandre s'étant jeté tout en sueur dans les eaux du Cydne, avait été saisi par une fièvre violente qui devenait encore plus dangereuse par son impatience. L'armée était dans la plus grande consternation, et aucun médecin n'osait entreprendre de le guérir. Dans ces circonstances, Philippe d'Acarnanie, son premier médecin et son confident, demanda le tems de préparer un breuvage, dont PefTet devait être propre pour lui rendre la santé. On avait envoyé au roi, pendant cet intervalle, une lettre par laquelle on lui donnait avis de se défier de Philippe comme d'un traître, à qui Darius avait promis mille talens avec sa sœur en mariage. Quelle situation pour un prince malade ! Alexandre cependant n'en parut point troublé ; mais après avoir reçu entre ses mains le breuvage, il présente la lettre à son médecin ; et les yeux attachés sur lui, il vide la coupe tout d'un trait. Le remède agit si puissamment sur le malade, qu'il perdît d'abord connaissance, et qu'on eut tout lieu de soupçonner du poison ; mais une guérison prompte rendit bientôt Alexandre plein de force et de santé à son armée.