‹ Leçons françaisesChapitre 14 sur 71 · ORIGINE DES ECHECS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES ECHECS

Un jeune prince très-puissant régnait dans les Indes ; î\ était d'une fierté quit pouvait devenir funeste à ses sujets et à lui-même. On essaya en vain de lui représenter que l'amour de ses sujets est toute la force et toute la puissance du souverain ; ces sages remontrances ne servirent qu'à faire périr leurs auteurs dans les tourmens. Un bramine, ou philosophe, dans le dessein de lut indiquer cette vérité, sans toutefois s'exposer au même péril, imagina le jeu des échecs, où le roi, quoique la plus importante de toutes les pièces, est impuissant pour attaquer et même pour se défendre contre ses ennemis, sans le secours de ses sujets et de sesflf^ dats. Le monarque était né avec beaucoup d'esprit ; il se fit lui-même l'application de cette leçon utile, changea de conduite, et par-là prévint les malheurs qui le menaçaient. La reconnaissance du jeune prince lui fit laisser au bramine le choix de la récompense. Celui-ci demanda autant de grains de blé qu'en pourrait produire le nombre des cases de %'échiquier, en doublant toujours, depuis la première jusqu'à la soixante-quatrième ; ce qui lui fut accordé surle-champ et sans examen, mais il se trouva par le calcul,

que tous les trésors et les vastes empires du prince ne suffiraient point pour remplir l'engagement qu'il venait de contracter. Alors notre philosophe saisit cette occasion pour lui représenter combien il importe aux rois de se tenir en garde contre ceux qui les entourent, combien ils doivent craindre que l'on n'abuse de leurs meilleures intentions.

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