‹ Leçons françaisesChapitre 16 sur 71 · DUGOMMIER · texte numérisé non relu

DUGOMMIER

A la bataille de la montagne Noire, en 1794, un obus lancé par les Espagnols éclate sur la tête du général en chef Dugommier qui était demeuré stationnaire au centre de son armée. Ce général est renversé, sa tête est fracassée, son sang rejaillit sur ceux qui l'entourent. Ses officiers et deux de ses fils qui se trouvaient à ses côtés le relèvent ; un reste de vie l'animait encore ; et général prudent jusque

dans les bras de la mort, il dit aux officiers qui l'entourent : Faites en sorte de cacher ma mort à nos soldats afin qu'ils achèvent de remporter la victoire, seule consolation de mes derniers momens. Il expire en prononçant ces mots. Les Français gagnèrent en effet la bataille, et vengèrent sa mort par celle du général en chef ennemi, qui fut atteint de deux balles et tomba mort au milieu de la mêlée. Mais les Français ressentirent plus vivement que les Espagnols la perte de leur illustre général. La douleur des soldats absorba dans leurs cœurs le sentiment qu'inspire la victoire. Ils gagnèrent leurs quartiers à pas lents et dans l'attitude du regret. On creusa, au milieu de la forteresse de Bellegarde, la tombe qui reçut le corps défiguré du vainqueur des Anglais et des Espagnols. L'armée entière accompagna cette pompe lugubre ; généraux, officiers, soldats, citoyens, tous versaient des torrens de larmes : éloge sublime, et qui prouvait mieux pour la gloire du défunt que l'oraison funèbre la plus éloquente. Dugommier avait cinquanie-huit ans quand la mortevint le frapper sur le champ de bataille. 11 était l'idole des troupes, qui avaient pour lui un dévouement sans bornes. Avare de leur sang, on le vit souvent s'exposer lui-même avec la plus rare intrépidité. Souvent il visitait les camps, et se plaisait à converser avec les soldats, qui se pressaient autour de lui pour recueillir ses paroles de bonté, d'encouragement ou d'espérance. A la première nouvelle de sa mort, un cri unanime se fit entendre dans tous les rangs, comme autrefois dans l'armée de Turenne : Nous avons perdu notre père !

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