LE TOURMENT DES ROIS
Un roi mourut sans laisser d'héritier ; et par son testa* ment il donna la couronne à celui qui, après sa mort, entrerait le premier dans la ville. Un pauvre laboureur parut aux portes lorsque le roi venait d'expirer, et il fut couronna. Il eut à soutenir des guerres intestines et étrangères, à ranimer le commerce, à diminuer les impôts, à faire fleurir les arts, et à pourvoir à la subsistance de son peuple. Il s'instruisit en peu de tems, parce qu'il avait le sens commun ; il réussit à tout, parce qu'il voulait le bien ; mais il était rempli de soins, et dévoré d'inquiétudes. Un habitant de son village vint le voir, et lui dit : Grâces soient rendues au Dieu incomparable et tout puissant, qui vous a élevé à un si haut degré de gloire et de puissance ! Ah ! mon ami, dit le roi, au lieu de rendre grâces à Dieu, demande-lui pour moi le courage et la patience ; plains-moi au lieu de me féliciter : dans mon premier état, je ne souffrais que de mes besoins, et je souffre aujourd'hui des besoins de chacun de mes sujets.