‹ Leçons françaisesChapitre 28 sur 71 · LE SOLDAT MAGNANIME · texte numérisé non relu

LE SOLDAT MAGNANIME

Lohsqite le grand Condé commandait en Flandre l'armée espagnole, et fesait le siège d'une place française ; un soldat ayant été maltraité par un officier-général, et ayant reçu plusieurs coups de canne pour quelques paroles peu respectueuses qui lui étaient échappées, répondit avec un grand sang-froid qu'il saurait bien l'en faire repentir.

Quinze jours après, ce même officier-général chargea le colonel de tâcher de lui trouver dans son régiment un homme ferme et intrépide pour un coup de main dont il avait besoin, avec cent pistoles de récompense.

Le soldat en question, qui passait pour le plus brave du régiment, se présenta ; et ayant mené avec lui trente de ses camarades, dont on lui avait laissé le choix, il s'acquitta de sa commission qui était des plus hasardeuses, avec un courage et un bonheur incroyables. Il s'agissait de s'assurer,, avant que de faire le logement, si les ennemis creusaient des mines sous le glacis.

Le soldat s'étant jeté à l'entrée de la nuit dans le chemin couvert, rapporta le chapeau et l'outil d'un mineur qu'il avait tué. A son retour, l'officier-général, après l'avoir beaucoup loué, lui fit compter les cent pistoles qu'il lui avait promises. Le soldat sur le champ les distribua à ses camarades, disant qu'il ne servait point pour de l'argent, et demanda seulement, que, si l'action qu'il venait de faire paraissait mériter quelque récompense, on le fit officier. Au reste, ajouta-t-il en s'adressant à l'officier-général qui ne le reconnaissait point, je suis le soldat que vous maltraitâtes si fort il y a quinze jours : je vous avais bien dit que je vous en ferais repentir.

L'officier-général plein d'admiration et attendri jusqu'aux larmes, l'embrassa, lui fit excuse, et le nomma officier le même jour.

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