‹ Leçons françaisesChapitre 31 sur 71 · LE FANTÔME · texte numérisé non relu

LE FANTÔME

Une dame étant allée voir une de ses amies à la campagne, on lui dit qu'un fantôme avait coutume de se promener toutes les nuits dans l'un des appartemens du château, et que depuis bien du tems, personne n'osait y habiter. Comme elle n'était ni superstitieuse, ni crédule, elle eut la curiosité de s'en convaincre par elle-même, et voulut absolument coucher dans cet appartement. L'aventure était assez téméraire, et délicate à tenter pour une femme jeune et aimable. Au milieu de la nuit elle entendit ouvrir sa porte, elle parla, mais le spectre ne lui répondit rien. 11 marchait pesamment et s'avançait en poussant des gémissemens. Une table qui était aux pieds du lit fut renversée, et ses rideaux s'entr'ouyrirent avec bruit. Un instant après, le guéridon qui était dans la ruelle, fut culbuté, et le fantôme s'approcha de la dame ; elle de son côté peu troublée, allongeait les deux

mains pour sentir s'il avait une forme palpable. En tâtonnant ainsi, elle lui saisit les deux oreilles, sans qu'il y fit aucun obstacle. Ses oreilles étaient longues et velues ; ce qui lui donnait beaucoup à penser. Elle n'osait retirer une de ses mains pour toucher le reste du corps, de peur qu'il ne lui échappât, et pour ne point perdre le fruit de ses travaux, elle persista jusqu'à l'aurore dans cette pénible attitude. Enfin, au point du jour, elle reconnut l'auteur de tant d'alarmes pour un gros chien assez pacifique, qui n'aimant point à coucher à l'air, avait coutume de venir chercher de l'abri dans ce lieu, dont la serrure ne fermait pas.

Page 1