LE CHIEN
Un soldat blessé ayant été oublié sur îe champ de ba* taille, un seul ami, son compagnon, son chien était resté auprès de lui. Inconsolable, sans nourriture, il avait passé deux jours sur le corps de son maître, résolu de ne pas lui survivre. Tout-à-coup il a senti quelques légers mouvemens. L'œil de ce maître chéri s'est rouvert à la lumière. Il respire ! il vit encore! L'animal généreux le couvre de caresses ; il lèche ses blessures, il réchauffe ses membres glacés. Le soldat se soulève ; mais, épuisé par sa longue agonie, il retombe sans force, il va périr d'inanition. Où chercher quelque assistance? Où trouver du secours ? De tous côtés le silence et la mort ! Mais que ne peut l'instinct dirigé par l'amour ? D'un nez avide, le chien interroge l'espace, et bondissant de joie, il part comme un trait, revient plus vite encore, et apporte à son maître défaillant la moitié d'un pain qu'il a découvert au milieu des cadavres.