ÉROSTRATE
Je ne sais s'il est moins noble que les autres ; mais je
«aia qu'il est nectaire qu'il «e trouve dea gaos qui le
prennent.
DÉMiTRIUS.
Nécessaire I
iaosTRATS.
Hél assurément. La terre ressemble à de grandes tablettes où chacun veut écrire son nom. Quand ces tablettes sont pleines, il faut bien efiacer les noms qui y sont déjà inscrits , pour y en mettre de nouveaux* Que serait-ce, si tous les monumens des anciens subsistaient ? Les modernes n'auraient pas où placer les leurs. Pouviexvous espérer que trois cent soixante statues fussent longtemps sur pied ? Ne voyies-vous pas bien que votre gloire tenait trop de place f
DiMÉTRIVS.
Ce fut une plaisante vengeance que celle que Démétrius Poliorcète exerça sur mes statues *, puisqu'elles étaient une fois élevées dans toute la ville d'Athènes , ne vaWt-il pas autant les y laisser ?
inosTRATE.
Oui : mais avant qu'elles fussent élevées, ne valait-il pas autant ne les point élever? Ce sont les passions qui font et qui défont tout. Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. On dit que les pilotes craignent au dernier point ces mers pacifiques où l'on ne peutnaviguer, et qu'ils veulent du vent, au hasard d'avoir des tempêtes. Les passions sont chez les hommes des vents qui sont nécessaires pour mettre tout en mouvenent^ quoiqu'ils causent souvent les orages*
FoMTSnvUB.
DIALOGUES. 53t
Le Gonnëtable de Bourbon et Bayard.
11 n'est jamaû peniuU de prendre lei armes contre sa patrie.
&B CdMIlÉTÀBUU
ffBdl^GS point le pauyre Bayard qne je vois au pied de cet arbre , étendu sur l'herbe , et pereé d'un grand eoup ? Ckri , c'est lui-même. Hélas t je le plains. En roiU
'deux qui périssent aujourd^ui par nos armes , Vendenesse et lui. des deux Français étaient deux omemens de leur
' nation par leur courage. Je suis que mon cœur est encore touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler» Ah ! mon pauvre Bayard ! c'tst avec douleur que je t^ vois en cet état.
BATAEB.
G^est avec douleur que je vous vois aussi.
tB GOVnÉTABLB.
Je comprends bien que tu es fâché de te voir dans mes mains par le sort de la guerre : maie je ne veux point te traiter en prisonnier; je te veux garder comme un bon ami , et prendre soin de ta guérison , comme si tu étais mon propre frère. Aîasi tu ne dois point être flehé de mr roir«
Eh! croyez-vous que je ne sois point filcfaé d^avoir obligation au plus grand ennemi de la France I Ce n'est point de ma captivité Jii de ma blossure que je suis en peine. Je meurs dans un moment : la mort va me délivrer de VOS mains.
Ul COimÉTÀBU.
Non, mon cher Bjyard i j'espèrt que nos soins réns^
siront pour te guérir.
BATAED.
Ce n'est point Ui ce que je cherche , et je suis content de mourir.
LB CONNÉTABU.
Qu'as-tu donc? Est-<;e que tu ne saurais te consoler d'aroir été vaincu et fait prisonnier dans la retiaite de Bonnivet? Ce n'est pas ta faute, c'est la sienne : les armes sont journalières. Ta gloire est assez bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières contre eoz.
BATABD.
Pour moi, je ne puis jamais oublier que^vous êtes ce grand Connétable, ce Prince du plus noble sang qu'il y ait dans le monde , et qui travaille à déchirer de ses propres mains sa patrie et le royaume de ses ancêtres!
LB COHMAtABLB.
Quoi, Bayard, je te loue, et tu me condamnes! )e te plains, et tu m'insultes !
BATAB0.
Si vous me plaignes , je vous plains aussi , et Je von* | trouve bien plus à plaindre que moL Je sors de la vie , sans tache ; je meurs pour mon pays, pour mon Roi» | estimé des ennemis de la France , et regretté de tous les bons Français. Mon état est digne d'envie.
LB coukAtablb.
Et moi, je suis victorieuxd'un ennemi qui m'a outragé; je me venge de lui , je le chasse du Milanais ; je fais sentir à toute la France coiùbien elle est malheureuse de m'avoir perdu, en me pousfant à boul» AppeUea-tu cela être i plaindre ?
BATARD
' Ouï , on est toujours à plaindre quand on agit contre son devoir. Il vaut mieux përir en combattant pour la patrie, que la vaincre et triompher d'elle. Ah! quelle horrible gloire que celle de détruire son propre pays !
IiB CONNÉTABLE.
Mais ma patrie a été ingrate, après' tant de services que je lui avais rendus. Madame m'a fait traiter indignement par un dépit d'amour. Le Roi , par biblesse pour elle , m'a fait une injustice énorme ; on a détaché de moi jusqu'il mes domestiques Matignon et d'Argouges. J'ai été contraint, pour sauver ma vie, de m'enfiiir presque seul. Que voolais-ta que je fisse?
BATABD.
Que vous souffrissiez toutes sortes de maux , plutdt cflie de manquer i la France et à la grandeur de votre maison. Si la persécution était ti*op violente, vous pouviez vous retirer : mais il valait mieux être pauvre , obscur , inutile à tout, que de prendre les armes contre nous. Votre gloire eût été au comble dans la pauvreté et dans le plus misérable exil.
LB CONNÉTABI.B.
Mais ne vois-tu pas que la vengeance s'est jointe k l'ambition pour me jeter dans cette extrémité ? J'ai voulu que le Roi se repentît de m'avoir traité si mal.
BATARD
11 fallait l^en fiiire. repentir par une patience à toute épreuve, q«i n'est pas moins la vevtu'd'un héros ^e le couri^.