‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 31 sur 40 · LS MÂME · texte numérisé non relu

LS MÂME

Le Courtisan.

PTBSPBikBz plus de candeur ; de franchise^ d'équité ^ de bons offices; de services; de bienveiHancC; de générosité > de fermeté dans un homme qui s'est depuis quelque temps livré à la Conv ; et qui secrètement veut sa fortune. Le reconnaissez-vous à son visage , à ses entretiens ? Il ne nomme plus chaque chose par son nom : il n'y a plus pour lui de fripons ; de fourbes ; de sots et d'impertinens. Celui dont il lui échapperait de dire ce qu'il en pense ; est celui-là même qui , venant à le savoir ; l'empêcherait de cheminer.

Pensant mal de tout le monde ; il n'en dit de personne; ne voulant du bien qu'à lui seul ; il veut persuader quMi en veut à touS; afin que tous lui en fassent; ou* que nul du moins ne lui soit contraire. Non content de n'être pas sincère ; il ne souffre pas que personne le soit : la vérité

(i) Voyez Us Lefon» ZatinM anciennes , t. 1.

7a6 CARACTERES OU PORTRAITS,

Uetae son oreille : il est froid et indiffèrent sur les obser* vatîons que l'on (kit sur la Coar et sar le courtissji ; et, parce quMi les a entendues^ ils^en croit compilée et responsable. Tyran de la sodétë et martyr de son ambition , il a une triste circonspection dans sa conduite et dans ses discours , une raillerie innocente , mais froide et contrainte^ un ris force ; des caresses contrefaites , une conversation interrompue^ et des distractions fréquentes 3 il a une profusion, le dirai-je ? des torrens de louanges pour ce quV fait ou ce qu*a dit un homme place, et qui est en faveur, et pour tout autre une sécheresse de pulmoniqne ; il a des formules de compliment pour Penlrée et pour la sortie , à rëgiard de ceui qu'il visite , ou dont il est visité j et il n^y a personne de ceux qui se paient de mines et de façons de parler, qui ne sorte d'avec lui fort satisfait. Il vise Clément à se faire des patrons et des créatures ; il est médiateur; confident ^ entremetteur; il veut gouverner, il a une ferveurde novice pour toutes les petites pratiques de Cour: il sait où il faut se placer pour être vu ; il sait vous embrasser, prendre part à votre joie, vous faire coup sur coup des questions empressées sur votre santé ^ sur vos affaires 5 et , pendant que vous lui répondez ^ il perd le fil de sa curiosité; vous interrompt , entame un autre sujet, ou ; sMl survient quelqu'un à qui il doive un discours tout différent , il sait , en achevant de vous congratuler, lui faire un compliment de condoléance ; il pleure d'un œil , et il rit de l'autre. Se formant quelquefois sur les ministres ou sur le favori , il parie en public de dioses frivoles ; du vent; de la gelée : il se tait au contraire^ et fait le mystérieux , sur ce qu'il sait de plus important, et plus volontiers encore sur ce qu'il ne sait point (1).

Lb Hixs.

(i) Toyex les Leçom Latines modenuê.

Même sujet.

Au seul mot de la Gour^ ae rëveiUent dans votre esprit les idées les plus flatteuses. Vous vous la représentez sous Fimage du temple de la volupté, de Forgueil et de la mollesse^ ces traits peignent mieux le monde que la Cour. On n'y va pas chercher les plaisirs : hélas ! on aurait plutôt à se défendre de Tennui j on n'y va pas chercher les dis* tinctions : la splendeur primitive du trône y éteint tout éclat qui n'est qu'emprunté^ la majesté du maître y attire seule les regards et les hommages ; les dieux du siècle y sont confondus avec la foule servile qui^ partout ailleura, les encense ^ ils déposent en y entrant leur grandeur et leur fierté; et ils ne les reprennent que lorsqu'ils en sortent. Se flatterait-on d'y trouver les douceurs et les aises de la vie ? Les habitans de ce séjour s'estiment trop heureux d'y camper sous des tentes : ils ne connaissent ni le sommeil ni la tranquillité^ toujours contraints^ toujours dis^ traits , toujours hors d'eux-mêmes^ entraînés par un tourbillon rapide; ils vont sans dessein ; sans plaisir^ et les amusemens du Prince sont les fatigues des courtisans. Sans l'ambition et sans l'intérêt, lesCiOurs des Rois ne seraient pas si fréquentées. Gomme ces passions y sont excitées par la grandeur des récompenses; et gênées en même temps par la présence du Souverain ; et par la pénétration des concurrens; elles n'en sont que plus vives et mieux déguisée» : ainsi; ce qui caractérise les vrais courtisans ; ce qui ; dans la même nation ; en fait une nation séparée du reste des sujets y et difiérente de mœurs et de langage; c'est la soif immodérée de dominer et de s'enrichir; jointe à la duplicité : c'est œt art funeste où ils excellent de donner perpétuellement le change 5 de ne paraître occupé» que de leurs plaisirs ; undis qu'ils ne songent qu'à leur fortune ; de tourner leurs défauts en agrémens 5 de prêter aux vices des couleurs qui les em-

7a8 CARACTÈRES OU PORTRAITS,

belliftsent^ de substituer à la vérité et aux sentimens des paroles artificieuses et des protestations simulées; de mettre en œuvre les profondeurs et les ruses de Tintrigue; d^affecter des manières libres et aisées qui ne promettent que candeur et que bonne foi j de cacher les chagrins sous un visage riant; de masquer la haine des dehors de la politesse, et de nuire dans les ténèbres en faisant semblant d'obliger an grand jour. Les bénédictions sont sur leurs lèvres , les malédictions sont dans leur cœur 5 à les voir si attentifs, si prévenans^ si officieux^ on dirait qu'ils ne composent tous ensemble qu'une même famille dont les intérêts sont les mêmes : percez cette apparence trompeuse y vous découvrirez dans ces amis prétendus autant d'envieux et de ritaux^ qui n'aspirent qu'à leur destruction mutuelle (i).

L'Abbé PoQLLB.

Le Fantasque.

Qu'e8t-il donc arrivé de funeste à Mélanthe ? Rien tu dehors, tout au dedans. Ses affaires vont à souhait. Toot

^ le monde cherche à lui plaire. Quoi donc? C'est que sa rate fume. Il se coucha hier les délices du genre humain : ce matin on est honteux pour lui ; il faut le cacher. En se levant , le pli d'an chausson lui a déplu : toute la journée sera orageuse, et tout le monde en souffrira. Il fait peur, il fait pitié 5 il pleure comme un enfant, il rugit comme un lion. Une vapeur maligne et farouche trouble et noircit son imagination , comme l'encre de son écritoire barbouille ses doigts. K'allez pas lui parier des choses qu'il aimait le mieux il n'y a qu'un moment : par la raison qu'il les a aimées, il ne les saurait plus souffrir. Les parties de divertissement, qu'il a tant désirées, lui deviennent ennuyeuses^

' il faut les rompre. Il cherche à contredire, à se plaindre, à piquer les autres ] il s'irrite de voir qu'ils ne veakenl<

(1) Vôyea Ici Lt^ottê latines môéUmes , t.* II.

Eï PARALLÈLES. 729

point 6e fâcher. Souvent il porte ses coups en Pair comme «n taureau furieux qui de ses cornes aiguisées va se battre contre les vents.

Quand il manque de prétexte pour attaquer les autres^ il se tourne contre lui-mdme. Il se bl&me^ il ne se trouve bon à rien , il se décourage, il trouve fort mauvais qu'on veuille le consoler. Il veut être seul; et il ne peut supporter la solitude. Il revient à la compagnie, et s'aigrit contre elle. On se tait : ce silence affecté le choque. On parle tout bas : il s'imagine que c'est contre lui. On parle tout haut : il trouve qu'on parle trop, et qu'on est trop gai penxlant qu'il est triste. On est triste: cette tristesse lui paraît un reproche de ses fautes. On rit : il soupçonne qu'on se moque de lui. Que faire? être aussi ferme et aussi patient qu'il est insupportable ^ attendre en paix qu'il revienne demain aussi sage qu'il était hier. Cette humeur étrange s'en va comme elle vient : quand elle le prend ^ on dirait que c'est un ressort de machine qui se démonte tout à coup. Il est comme on dépeint les possédés : sa raison est comme à l'envers 5 c'est la déraison elle-même en personne. Poussex-le^ vous lui ferez dire en plein jour qu'il est nuit; car il n'y a plus ni jour ni nuit pour une tête démontée par son caprice. Quelquefois il ne peut s'empêcher d'être étonné de ses excès et de ses fougues. Malgré son chagrin; il sourit des paroles extravagantes qui lui ont échappé.

Mais quel moyen de prévoir ces orages, et de conjurer la tempête 7 II n'y en a aucun : point de bons almanachs pour prédire ce mauvais temps. Gardez-vous bien de dire : Demain nous irons nous divertir dans un tel jardin. L'homme d'aujourd'hui ne sera point celui de demain ^ •fldtti qui vous promet maintenant , disparaîtra untoi: vous ne saurez plus, le prendre pour le faire souvenir de . Stt parole. E» sa place ; vous trouverez un je ne sais quoi 'qui n'a ni Corme ni nom; qui n'en peut avoir ^ et^que . vous ne sauriez- dé^nir deux instann de smte.db la lyéme

j3o CABACTÈRES OU PORTRAITS,

manière. Etudiei*ie bien ; puis ditet^en tovi^ee qaUl v<NU plaira : il ne sera pltu vrai le moment diaprés que vosa Taurei dit : ce je ne sais quoi veut et ne ve«t pas; il menace, il tremble 3 il mAle des hanteura ridicules avec des bassesses indignes 3 il pleure, il rit, il badine, il eat furieux : dans sa fureur la plus bizarre et la plus insea^ sée, il est plaisant et éloquent, subtil, plein de tours nouveaux, auoiqu^il ne lui reste pas seulement «ne ombre de raison.

Prenez bien garde de ne Ini rien dire qui ne soit juste, précis, et exactement raisonnable : il saurait bien en prendre avantage, et vous donner adroitement le change. Il passerait d^abord de son tort au vôtre ^ et deviendrait raisonnable pour le seul plaisir de vous convaincre que vous ne Pétes pas« G est an rien qui Ta fait monter juaqu'auz nues ; mais œ rien qu^estril devenu 7 il est perdu dans la mêlée j il n en est plus question : il ne sait plus ce qui Ta ftché } il sait seulement quHl se llche , et qu^il veut se (ïcher; encore même ne le sait-il pas toujours. Il s'imagine souvent que tous ceux qui lui parlent sont emportés, et que e^est lui qui se modère : comme un homme qui a la jaunisse croit que tous ceux qu^il voit sont jaunes, quoique le jaune ne soit que dans ses yeux.

Mais peut^re qu'il épargnera oertaines personnes anxquellest il doit plus qu'aux autres , ou qu'il paraît aimer davantage. Non, sa bizarrerie ne connaît personne; elle s'en prend sans choix à tout le monde. Il n'aime plus les gens, il n'en est point aimé. On le persécute, on le trahit. Il ne doit rien k qui que œ soit. Mais attendez un moment: voici une autre scène. Il a besoin de tout le monde 5 il aime ^ on Taime aussi; il flatte, il s'insinue, il ensorcelle tous ceux qui ne pouvaient plus le souffrir. Il avouo son tort, il rit de ses bizarreries ; il se contrefait, et vous croiriez que c'est lui-même dans ses accès d'emportement > unt il se contrefait bien. Après eette comédie jonée à ses propres dépens, vous eroyea bien qu'au moins il ne fcr»

plas le démoniaque. Hëlas t vous vous trompez : il le fera encore ce soir pour s'en moquer demain , sans se corriger (i). Fbnelon.

Les MouTettûtas*

Il y a une certaine nation qu^on appelle les nofuueîliste$. Leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l^tat } cependant ils se croient considérables y parce quMls s'entretiennent de projets magnifiques^ et traitent de grands intérêts. La base de leur conversation est une curiosité frivole et ridicule. Il n'y a point de cabinets si mystérieux qu'ils ne prétendent pénétrer^ ils ne sauraient consentir à ignorer quelque chose. A peine ont-ils épuisé le présent; quMls se précipitent dans l'avenir, et; marchan t au-devant de la Providence , la préviennent sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par la main ; e^ ^ après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas faites ; ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas. Us font voler les armées comme des grues ^ et tomber les murailles con\pae des cartons. Us ont des ponts sur toutes les rivières ^ des routes Secrètes dans toutes les montagnes ; des magasins immenses dans les sables brAlans : il ne leur manque que le bon sens.

Montesquieu.

Les Troubadours modernes.

Dss nuances plus fugitives et moins faciles à aaisir forment les traiu de oesanteurs ingénieux et l^rs dont l'apropos fut; pour ainsi dire^ la première miiaej plus le«r esprit souple et varié s'acoommode aux cireonstainoes qui Pinspirenty pltM îl a quelquefois de peine à k«r sur-

(t) Voyas bs iJtçmuLatinmmtHUmeêt l« I.

jS2 CARACTERES OU PORTRAITS,

vivre. Mais si leur gloire est moitts imposante et moins durable , elle est; peul-^tre, plus douce et plus tranquille. L'envie et la haine s'éloignent d*euX; car leurs succès sont peu disputés dans ces cercles brillans dont ils embellissent les fêtes 5 dignes héritiers de nos vieux troubadours, prouvant par leur gaieté cette antique et joyeuse origine, ils courent dans tous les lieux où le plaisir les appelle; ils entrent, une lyre à la main, dans le palais des Princes ; ils paient noblement Phospiulité dans ces demeures du luxe et de la grandeur, en y chassant la contrainte et les soucis par les feux d'une înuse badine, qui mêle plus d'une fois les leçons de la sagesse aux chants de la folie et du plaisir. Plus heureux encore, ils vienncait s^asseoir aux banquets de l'amitié; partout la joie redouble à leur passage. C'est la joie qui leur dicta ces vaudevilles pîquans, ces refrains qu'une heureuse naïveté rendit populaires; c'est la joie encore qui, mieux que l'or et la faveur, acquitta les vers qu'elle fit naître, en les répétant de U Cour à la ville, et de la ville jusqu'aux extrémités de la France. Les fruits de leur imagination riante, après avoir charmé les contemporains, sont même recueillis avec soin par la postérité, s'ils réunissent la finesse au naturel, et la satire agréable des mœurs au respect pour les bienséances sociales. Db Fontanss.

La Curiosité^ ou les Manies.

La curiosité n'est pas un godt pour ce qui est bon ou ce qui est beau , mais pour ce qui est rare, unique, pour ce qu'on a, et ce que les autres n'ont point. Ce n^est pas un attachement à ce qui est parfiait, mais à ce qui est eouru, à ee qui est à la mode ; ce n^est pas un amusement, mais une passion, et souvent si violente, qu'elle ne cède à l'anovr et à l'ambition que par la p^itesse de son objet. Ce n'est pas une passion qu'on a généralement pour les choses rares, et qui ont cours, mais .qu^on a «ealement

pour une certaine chose 411I est rare^ et pourtant i la mode.

Le fleuriste a un jardin dans un' faubourg | il jr court au lever du soleil ^ et il en revient à son coucher. Vous le voyez plante^ et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la soUinire. Il ouvre de grands yeux^ il frotte ses mains y il se baisse^ il la voit de plus près , il ne Fa jamais vue si bellc; il a le cœur épanoui de joie, la quitte pour Vorieniale ; de là il va à la oeuoe ; il passe au drap étor; de celle-ci à Vagaie^ ffm^ il revient enfin à la seKiaire où il se fixe; où il se lasse^ où il s^assîed^ où il oublie de dîner j aussi est«elle nuancée , bordée, huilée ; à pièces emportées } elle a un beau vase^ ou un beau calice : il la contemple, il Padmire : Dieu et la nature sont en cela tout ce quMl n^admire point; il ne va pas plus loin que Fognon de sa tulipe, qu^il ne livrerait pas pour mille écus, et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront n^ligées, et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi, fatigué, affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes.

Parlez à cet autre de la richesse des moissons^, d^une ample récolte, d^une bonne vendange } il est curieux de fruits ; vous n'articulez pas, vous ne vous faites pas entendre : parlez*lni de figues et de melons; dites que les poiriers rompent de fruits cette année, que les pêchers ont donné avec abondance 5 c'est pour lui un idiome inconnu; il s'attache aux seuls pruniers, il ne vous répond pas. Me l'entretenez pas même des pruniers : il ii'a de l'amour que ^ur une certaine espèce, toute autre que vous lui nommez le fait sourire et se moquer. Il vous mène ft l'arbre, cueille artistement cette prune exquise, ilFouvre, vous en donne une moitié, et prend l'autre. Quelle châirl 'dit^il ; goûtez-vous cela. 7 cela est divin ! voilà ce que vous ne trouverez pas ailleurs! Et là-dessus ses narines s^enflent, il cache avec peine sa joie et sa vanité, par quelques dehors de modestie. O l'homme divin

jH CARACTÈRES OU PORTRAITS,

en efiei I bmna^ qu'on ne peai |MaM» Witm loatt et adairer , homme dont il aen fvAé inné plusieurs siéelts ! Que je voie ta taille et aou visage , pendant qu^il vit 1 que f observe les traits et la contenanee d^un homme quij seul entre les mortels , possède une telle prune l

Un troisième que vous allez voir, vous parle des curieux ses confrères, et surtout de Diognète. JeTadmire, dii*il, mais je leoomprends moins que jamais* Pensex-voua qu^ii cherche à sUnstniire par les médailles , et quUl les regarde comme des preuves parlantes de certains fiûts, et des monumens fixes et indubitables de Tancienne histoire? rien moins. Vous croyez peut-être que toute la peine qu^ii se donne pour recouvrer une tête vient du plaisir qu il se fait de ne voir pas une suite d'Idnpereurs interrompue? c^est encore moins. Diognète sait d'une médaille le frmU^ le ftou^ et la ybur du coin; il a une tablette dont toutes les places sont garnies, à Fexception d'une seule j ce vide lui blesse la vue , et c'est précisément et à la lettre pour le remplir qu'il emploie son bien et sa vie.

Vous voulez, ajoute Démocède, voir mes estampes? et bientôt il les étale, et vous les montre. Vous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni nette^ ni dessinée, et d'ailleurs moins propre à être gardée dans un cabinet qu'à tapisser un jour de fête le Petit^Pont ou la rue Neuve. Il convient qu'elle est mal gravée , plus mal dessinée ) mais il assure qu'elle est d'un Italien qui a travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est la seule qui soit en France de ce dessin, qu'il Ta achetée très-cher, et qu'il ne la changerait pas pour tout ce qu'il y a de meilleur. J'ai, continue-t-il, une sensible affliction, et qui m'obligisra de renoncer aux estampes pour le reste de mes jours : j'ai tout Calot, hormis une seule, qui n'est pas à la vérité de aes bons ouvrages j au contraire, c'est un des moindres, mais qui achèverait Calot 3 je travaille depuis vingt ans à recouvrer cette estampe, et je désespère enfin d'y réussir : cela est bien rude !

T«l fttttre fait la satire de ces gens qui sVngagent; par ÎQ^oiétiide ou par euriositë; dans de longs voyages 5 qni ne font ni mémoires , ni relations 5 qui ne portent point de tablettes 5 qui vont pourvoir, et qui ne voient pas ; on qtti oublient ce qu'ils ont vu 5 qui désirent seulement de eonnaltre de nouvelles tours ou de nouveaux clochers ^ et de passer des rivières qu^on n'appelle ni la Seine ^ ni la Loire; qui sortent de leur patrie pour y retourner ; qui aiment à être absens; qui veulent un jour être revenus de loin : et ee satirique parle juste et se fait écouter.

Hais quand il ajoute que les livres en apprennent plus que les voyages^ et quMl m'a fait comprendre par se8 discours qu'il a une bibliothèque; je souhaite de la voir. Je vais trouver œt homme ^ qui me reçoit dans une maison oà; dès l'escalier^ je tombe en faiblesse d'une odeur de nraroquin noir dont ses livres sont tout couverts. Il a beau me crier aui oreilles , pour me ranimer ^ qu'ils sont dores sur tranche; ornes de filets d'or ; et de la bonne édition ; me nommer les meilleurs l'un après l'autre j dire que sa galerie est remplie^ à quelques endroits prèS; qui sont peints de manière qu'on croit voir de vrais livres arrangés sur des tablettes ; et que l'œil s'y trompe ; ajouter qu'il ne IH jamais , qu'il ne met pas le pied dans cette galerie ; qu'il y viendra pour me faire plaisir 5 je le remercie de sa complaisance ; et ne veui ; non plus que lui ; visiter sa tannerie; qu'il appelle bibliothèque.

Un bourgeois aime les bltimens; il se fait bâtir un holelsî beaU; si riche et si orné; qu'il est inhabitable. Le maître; honteux de s'y loger, ne pouvant peut-être se résoudre à le louer k un Prince ou à un homme d'affaires ; se retire au galetas ; où il achève sa vie ; pendant que Tenfilade et les planchers de rapport sont en proie aux Anglais et aux Allemands qui voyagent , et qui viennent là du Palais-Royal; du palais L... G... et du Luxembourg. Ou heurte sans fin à cette belle porte ; tous demandent à voir la maison; et personne à voir Monsieur.

Diphile commence par un oiseau ^ et. finit par mille. Sa maison n'en est pas infectée ; mais empesii^j la' cour ^ la salle ; Pescalier^ le vestibule ^ les chambres^ le cabinet ^ tout est volière. Ce n'est plus un ramage ^ oWt un vacarme ; les vents d'automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ; ne font pas un bruit si perçant et si aigu ^ on ne s'entend non plus parler les uns et les autres que dans ces chambres où il faut attendre , pour faire le complinient d'entrée ^ que les petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour Diphile un agréable amusement; c'est une affaire laborieuse ^ et à laquelle à peine il peut suffire.

Il passe les jours ^ ces jours qui échappent^ et qui ne reviennent plus , à verser du grain et à nettoyer des ordures. Il donne pension à un homme y qui n'a point d'autre ministère que de siffler des serins au flageolet, et de faire couver des canari. Il est vrai que ce qu'il d^ense d'un côté, il l'épargne de l'autre; car ses en&ns sont sans maître et sans éducation. U se renferme le soir, iatigaé de son propre plaisir ^ sans pouvoir jouir du moindre repos , que ses oiseaux ne reposent , et que ce petit peuple, qu'il n'aime que parce qu'il chante , ne cesse de «Âaafett. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil : lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille ; il perche, il rêve la nuit qu'il mue^ ou qu'il couve.

Cet autre aime les insectes^ il en fait tous les foars de nouvelles emplettes : c'est surtout le premier homme de l'Europe pour les papillons^ il en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Quel temps prenes^vous po«r lui rendre visite? Il est plongé dans une kmèie douleur^ il a l'humeur noire, chagrine, et dont toute sa la« mille souffre : aussi a-l^il fait une perte irr^arable. Approchez, regardez ce qu'il vous montre sur son doigt, qui n'a plus de vie, et qui vient d'expirer : c'est une che-> aille, et quelle chenille 1 La Bnnysas.

nu ou fBEMiKa voLvwe*

Page 1