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7o\ CAKACTKKES OU PORTRAITS,
rend les grands traits avec une force qui le montre comme supérieur aux nuances; l'autre saisit les nuances avec une sagacité qui suppose la science des grands traits. Le poète comique semble s'être plus attaché aux ridicules, et a peint quelquefois les formes passagères d<- lu socie'té. Le fabuliste semble s'adresser davantage aux vices, et a peint une nature encore plus générale. Le premier me fait plus rire de mon voisin ; le second me ramène plus à moi-même. Celui-ci me venge davantage des sottises d'autrui; celui-là me fait mieux songer aux miennes. L'un semble avoir vu les ridicules comme un défaut de bienséance eboquant pour la société; l'autre avoir vu les vices comme un défaut de raison fâcheux pour nous-mêmes. Après la lecture du premier, je crains l'opinion publique: après la lecture du second , je crains ma conscience.
Enfin , l'homme corrigé par Molière , cessant d'être ridicule, pourrait devenir vicieux; corrigé par La Fontaine, il ne serait plus ni vicieux ni ridicule : il serait raisonnable et bon , et nous nous trouverions vertueux, comme La Fontaine était philosophe sans s'en douter (1).
Champfout. Eloge de La Fontaine.
L'Auteur du Télémaque.
On croirait que Fénelon a produit le Télémaque d'un seul jet; l'homme de lettres, le plus exercé dans lait d'écrire , ne pourrait distinguer les momens où Fénelon a quitté et repris la plume, tant ses transitions sont naturelles, soit qu'il entraîne doucement par la pente de ses idées, soit qu'il fasse franchir avec lui l'espace que l'imagination agrandit et resserre à son gré. Jamais on n'aperçoit aucun effort ; maître de sa pensée, il la voit sans nuages,
(i) Voyez t. II, et les Leçons Luiines moderne*, t. 1.
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7o6 CARACTÈRES OU PORTRAITS,
lesse une partie de ce feu qu'il avait eu dans sa jeunesse: l'autre, plus jeune et dans la force de l'âge, moins connu par ses écrits , non moins célèbre parla réputation de son éloquence, et la hauteur de son génie, nourri et exercé depuis long-temps dans la matière qui faisait le sujet du combat, possédait parfaitement la langue des mystiques; capable de tout entendre , de tout expliquer , et de rendre plausible tout ce qu'il expliquait : tous deux long-temps amis, avant que d'être devenus rivaux : tous deux également recommandables par l'innocence de leurs mœurs, également aimables par la douceur de leur commerce, ornemens de l'Eglise , de la Cour, de l'humanité même : mais l'un, respecté comme le soleil couchant dont les rayons allaient s'éteindre avec majesté ; l'autre , regardé comme un soleil levant qui remplirait un jour la terre de ses lumières , s'il pouvait sortir de l'espèce d'éclipsé dans laquelle il s'était engagé (i).
D'AOOBUBAU.
Même sujet.
Bossuet, après sa victoire, passa pour le plus savant et le plus orthodoxe des Evêques ; Fénelon , après sa défaite, pour le plus modeste et le plus aimable des hommes. Bossuet continua de se faire admirer à la Cour; Fénelon se fit adorer à Cambrai et dans l'Europe.
Peut-être serait-ce ici le lieu de comparer les talens et la réputation de ces deux hommes également célèbres , également immortels. On pourrait dire que tous deux eurent un génie supérieur, mais que l'un avait plus de cette grandeur qui nous élève , de cette force qui nous terrasse; l'autre, plus de cette douceur qui nous pénétre et de ce charme qui nous attache. L'un fut l'oracle du
(1) Voyp/. les Leçons Latines modernes , t. 1.
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