‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 20 sur 141 · I - lient pi tant a l'Afrique >\ . ■ I · texte numérisé non relu

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terrestres , le sol , les eaux , la culture , se retrouvent encore les mêmes entre des pays voisins , qu'une longue suite d'événemens a rendus étrangers l'un à l'autre. Ainsi le même soleil brûlant dévore la Barbarie et l'Andalousie ou les Algarves. Les montagnes , dépouillées de forêts, n'y amassent plus les nuages et les pluies. Les plaines et souvent les vallons sont en proie à la sécheresse. Partout , il est vrai , où l'art rencontre des eaux fertilisantes, il en profite avec un succès prodigieux pour demander des récoltes à la terre. Mais auprès de ces riches campagnes sont des déserts , ou des despoblados (1 immenses , où l'œil se perd et la pensée s'attriste , en embrassant de toutes parts l'espace aride et solitaire. Quand on s'élève sur le sommet de quelques unes des nombreuses montagnes qui traversent l'Espagne , on n'aperçoit sous un ciel presque toujours ardent que des plateaux incultes et des pentes nues , dont rien de vivant ne coupe l'uniformité. Seulement au fond des vallées serpente au loin une rivière ou un ruisseau , entouré d'une lisière de verdure , où l'on suit comme à la trace les moissons , les plantations et les habitations des hommes. Une carte enluminée, présentant la forme de tous les bassins, les eaux avec une teinte d'azur , et leurs bords avec une teinte verte plus ou moins large , serait un tableau fidèle , où l'on pourrait reconnaître l'état réel de ce territoire, qui, à peu près égal en surface à celui de la France, ne contient cependant et ne nourrit qu'une population à peine égale au tiers de la nôtre. On embrasserait d'un coup d'oeil, comme par l'anatomie , les veines et les artères de ce grand corps , qui manque d'embonpoint 3 mais qui a encore des nerfs et des muscles , si l'on ose employer une telle comparaison, et dont la structure

(i) Les endroits dépeuples sont si communs en Espagne, qu'il y a un substantif particulier pour les désigner : on dit un despoblado.

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gide de glace dure et compacte, ces hommes féroces sortent de leurs tanières. Tout va leur servir de chemin : ils trouveront même, sur la mer et sur les fleuves, des routes plus sûres, plus courtes et moins embarrassées que celles qui traversent leurs forêts. La massue d'une main et la hache de l'autre, ils partent pour aller au loin surprendre les animaux dont ils se nourrissent , et enlever des bourgades entières pour servir à leurs repas inhumains. Ils vont donner la mort ou peut-être la receyoir. Pressés par la faim, agités par la férocité, pleins de courage, de cruauté et de force, s'animant par le souvenir de leurs victoires passées, cherchant à s'étourdir sur le danger qui les menace , ils profèrent à haute voix l'expression de leurs sensations profondes et horribles ; ils crient , ils élèvent leurs voix avec effort , et tâchent d'en remplir tous les lieux qu'ils parcourent : un enthousiasme atroce s'empare de leur âme; une espèce de chant sauvage, une chanson barbare sort de leur bouche avec leurs paroles de mort et de carnage.

LàCÉPÈDE. Poétique de la Musique.

Les Forêts consacrées au Culte des Druides.

Les forêts, dont ils faisaient leurs temples, n'étaient éclairées que par des rayons vacillans et presque éteints, par des reflets aussi pâles que les lueurs d'une lampe sépulcrale ; les chênes, les sapins, les ormes, que n'avaient jamais atteints la foudre ni la cognée, étendaient leurs branches touffues sur le sanctuaire, que remplissaient les simulacres des dieux , représentés par des pierres brutes et des troncs grossièrement façonnes. L'eau du ciel, filtrée à travers cent étages de rameaux, traçait d'humides couleurs sur ces images livides que la mousse et les lichens rongeaient comme une lèpre affreuse.

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