‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 22 sur 141 · I .i > N il i ,ri · texte numérisé non relu

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hautes montagnes, séparées par des vallées profondes, et surmontées de rochers pyramidaux. Sur leurs sommets et leurs flancs apparaissaient des brouillards détachés, semblables à ceux qui s'élèvent des terres véritables. Un long fleuve semblait circuler dans leurs vallons et tomber çà et là en cataractes ; il était traversé par un grand pont, appuyé sur des arcades à demi ruinées. Des bosquets de cocotiers, au centre desquels on entrevoyait des habitations, s'élevaient sur les croupes et les profils de cette île aérienne. Tous ces objets n'étaient point revêtus de ces riches teintes de pourpre, de jaune doré, de nacarat, d'émeraudes, si communes le soir dans les couchans de ces parages ; ce paysage n'était point un tableau colorié: c'était une simple estampe, où se réunissaient tous les accords de la lumière et des ombres. Il représentait une contrée éclairée, non en face des rayons du soleil, mais, par derrière, de leurs simples reflets. En effet, dès que l'astre du jour se fut caché derrière lui , quelques uns de ces rayons décomposés éclairèrent les arcades demi-transparentes du pont d'une couleur ponceau , se reflétèrent dans les vallons et au sommet des rochers, tandis que des torrens de lumière courraient ses contours de l'or le plus pur, et divergeaient vers les deux comme les rayons d'une gloire ; mais la masse entière resta dans sa demi-teinte obscure, et on voyait autour des nuages qui s'élevaient de ses flancs, les lueurs des tonnerres dont on entendait, les roulemens lointains. On aurait juré que c'était une terre véritable, située environ à une lieue et demie de nous. Peut-être était-ce une de ces réverbérations célestes de quelque île treseloignée, dont les nuages nous répétaient la forme par leurs reflets ,, et les tonnerres par leurs échos. Plus d'âne fois des marins expérimentés ont été trompés par de m nvblables aspects. Quoi qu'ilen soit, tout cet appareil fan- Ustsqne <le magnificence M «le terreur, ces montagnes

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86 TABLKAUX.

régner au milieu de ces forêts, elles sont le domaine de plusieurs animaux qui , les uns par la beaulé de leurs écailles, l'éclat de leurs couleurs, la vivacité de leurs mouvemens , l'agilité de leur course , les autres par la fraîcheur de leur plumage, l'agrément de leur parure, la rapidité de leur vol, tous, par la diversité de leurs formes, font, des vastes contrées du Nouveau-Monde, un grand et magnifique tableau , une scène animée, aussi variée qu'immense. D'un côté, des ondes majestueuses roulent avec bruit; de l'autre, des flots écumans se précipitent avec fracas des rochers élevés, et des tourbillons de vapeurs réfléchissent au loin les rayons éblouissans du soleil; ici, l'émail des fleurs se mêle au brillant de la verdure et est effacé par l'éclat plus brillant encore du plumage varié des oiseaux ; là, des couleurs plus vives , parce qu'elles sont renvoyées par des corps plus polis , forment la parure de ces grands quadrupèdes ovipares, de ces gros lézards que l'on est tout étonné de voir décorer le sommet des arbres et partager la demeure des liabitans ailés.

LacÉPÈDE. Histoire naturelle des Ovipares.

Rome antique.

J'errais sans cesse du Forum au Capitole, du quartier des Carènes au Champ-de-Mars ; je courais au Théâtre de Germanicus, au Môle d'Adrien, au Cirque de Néron, au Panthéon d' Agrippa ; je ne pouvais me lasser de voirie mouvement d'un peuple composé de tous les peuples de la terre , et la marche de ces troupes Romaines, Gauloises, Germaniques, Grecques, Africaines, chacune différemment armée et vêtue. Un vieux Sabin passait avec ses sandales décorce de bouleau auprès d'un Sénateur couvert de pourpre; la litière d'un Consulaire était arrêtée par le char dune courtisane j les grands,

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Campagne cl aspect de Rome moderne.

Figurez- vous quelque chose de la désolation de Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture ; un silence et une solitude aussi vaste que le bruit et le tumulte des hommes qui se pressaient jadis sur ce sol. On croit y entendre retentir cette malédiction du Prophète : Venient tibi duo hœc subito in die unâ , sterilitas et oiduitas. Vous apercevez çà et là quelques bouts de voies romaines, dans les lieux où il ne passe plus personne , quelques traces desséchées des torrens de l'hiver , qui , vues de loin, ont elles-mêmes l'air de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne sont que le lit désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple Romain. A peine découvrez-vous quelques arbres, mais vous voyez partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux, qui semblent être les forêts et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des morts et des débris des empires. Souvent, dans une grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons; je m'en approchais, et ce n'étaient que des herbes flétries qui avaient trompé mon œil ; quelquefois, sons ces moissons stériles, vous distinguez les traces d'une ancienne culture. Point d'oiseaux , point de laboureurs, point de mouvemens champêtres, point de mugissemens de troupeaux , point de villages. Un petit nombre de fermes délabrées se montrent sur la nudité des champs : les fenêtres et. les portes en sont fermées ; il n'en sort ni fumée , ni bruit , ni habitans ; une espèce de sauvage presque nu , pâle et miné par la fièvre, garde seulement ces tristes chaumières , comme ces spectres qui, dans nos histoires gothiques, défendent l'entrée de châteaux abandonnés. Enfin , l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale, et que vous voyez ces champs tels que les a laissés

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les premiers henuissemens des chevaux, qui saluaient l'aurore. J'aimais à voir le camp plongé dans le sommeil , les tentes encore fermées, d'où sortaient quelques soldats à moitié vêtus, le centurion qui se promenait devant les faisceaux d'armes en balançant son cep de vigne, la sentinelle immobile qui, pour résister au sommeil, tenait un doigt levé dans l'attitude du silence, le cavalier qui traversait le fleuve coloré des feux du matin, le victimaire qui puisait l'eau du sacrifice, et souvent un berger appuyé sur sa houlette , qui regardait boire son troupeau.

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Le grand Général et son Armée , au moment d'une Bataille.

Quel moment qu'une bataille, pour un homme tel que Catinat, déjà familiarisé avec l'art de vaincre, et capable de la considérer en philosophe, en même temps qu'il la dirigeait en guerrier! Quel spectacle que cette foule d'hommes rassemblés de toutes parts, qui tous semblent n'avoir alors d'autre âme que celle que leur donne le Général; qui, agrandis les uns par les autres, élevés au-dessus d'eux-mêmes , vont exécuter des prodiges dont peut-être chacun d'eux, abandonné à ses propres forces , n'eût jamais conçu l'idée ! Ah ! la multitude est dans la main du grand homme; on n'en fait rien qu'en la transformant, pour ainsi dire, qu'en faisant passer en elle un instinct qui la domine, et qu'elle n'est pas maîtresse de repousser. Alors le péril, la mort, la crainte , les petits intérêts, les passions viles s'éloignent et disparaissent; le cri de l'honneur, plus fort, plus imposant, plus retentissant que le bruit des instrumens militaires et que le fracas des foudres , fait naître dans tous les esprits un même enthousiasme -} le Général le meut, le dirige, l'anime, et ne le ressent pas; seul, il n'en a pas besoin. La pensée du salut de tous le remplit sans l'agiter : elle

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la soumission et la dépendance où la créature doit être à l'égard de son Dieu.

MASCARON. Oraison funèbre de M. de Turenne.

Prière du soir à bord d'un Vaisseau.

Le globe du soleil, dont nos yeux pouvaient alors soutenir l'éclat, prêt à se plonger dans les vagues étincelantes, apparaissait entre les cordages du vaisseau, et versait encore le jour dans des espaces sans bornes. On eût dit, par le balancement de la poupe , que l'astre radieux changeait à chaque instant d'horizon. Les mâts, les haubans , les vergues du navire étaient couverts d'une teinte de rose. Quelques nuages erraient sans ordre dans l'orient, où la lune montait avec lenteur. Le reste du ciel était pur ; et, à l'horizon du nord , formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et celui de la nuit, une trombe chargée des couleurs du prisme s'élevait de la mer comme une colonne de cristal supportant la voûte du ciel.

Il eût été bien à plaindre celui qui, dans ce beau spectacle, n'eût pas reconnu la beauté de Dieu! Des larmes coulèrent malgré moi de mes paupières lorsque tous mes compagnons, ôtant leurs chapeaux goudronnés, vinrent à entonner, d'une voix rauque, leur simple cantique à Notre-Dame-de-Bon-Secours , patronne des mariniers. Qu'elle était touchante la prière de ces hommes qui , sur une planche fragile, au milieu de l'Océan, contemplaient un soleil couchant sur les flots î Comme elle allait à l'âme cette invocation du pauvre matelot à la Mère de douleur ! Cette humiliation devant celui qui envoie les orages et le calme ; cette conscience de notre petitesse à la vue de l'infini ; ces chants s'étendant au loin sur les vagues ; les monstres marins étonnés de ces accens inconnus , se précipitant au fond de leurs gouffres; la nuit s'approchant avec ses embûches ; la merveille de notre

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contempler ce spectacle, vous qui méprisez les opinions religieuses, et qui vous dites supérieurs en lumières, venez, et voyez vous-mêmes ce que peut valoir, pour 1<: bonheur, votre prétendue science. Ah ! changez donc le sort des hommes, et donnez-leur à tous, si vous le pouvez , quelque part aux délices de la terre , ou respectez un sentiment qui leur sert à repousser les injures de la fortune ; et, puisque la politique des tyrans n'a jamais essayé de le détruire, puisque leur pouvoir ne serait pas assez grand pour réussir dans cette farouche entreprise, vous, que la nature a mieux doués, ne soyez ni plus durs ni plus terribles qu'eux ; ou si, par une impitoyable doctrine, vous vouliez enlever aux vieillards , aux malades et aux indigens la seule idée de bonheur à laquelle ils peuvent se prendre, parcourez aussi ces prisons et ces souterrains, où des malheureux se débattent dans leurs fers, et fermez de vos propres mains la seule ouverture qui laisse arriver jusqu'à eux quelques rayons de lumière. NECKER. Importance des Opinions religieuses.

Le Volcan de Quito.

Heureux les peuples qui cultivent les vallées et les collines que la mer forma dans son sein, des sables que roulent ses flots, des dépouilles de la terre ! Le pasteur y conduit ses troupeaux sans alarmes ; le laboure m \ sème el y moissonne en paix. Mais malheur aux peuples t pUins de ces montagnes sourcilleuses, dont le pied n'a jamais trempé dans l'Océan , et dont la- cime s'élève au-dessus «les nues! Ce sont des soupiraux que le feu souterrain s'est ouverts, en brisant la voûte des fournaises profondes où sans cesse il bouillonne. 11 a formé ces monts des rochers calcinés, des métaux brûlans et liquides, des ilols de cendre et tic bitume qu'il lançait, et qui, dans leur chute, s'accumulaient au bord de ces gouffres ouverts!

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