‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 26 sur 141 · III · texte numérisé non relu

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que la rose. Voyez la reine des fleurs, formée de portions sphériques, teinte de la plus riche des couleurs, contrastée par un feuillage du plus beau vert, et balancée par le zéphyr; le papillon la surpasse en harmonie de couleurs, de formes et de mouvemens. Considérez avec quel art sont composées les quatre ailes dont il vole, la régularité desécailles qui le recouvrent comme des plumes, la variété de leurs teintes brillantes, les six pattes armées de griffes avec lesquelles il résiste aux vents dans son repos, la l rompe roulée dont il pompe sa nourriture au sein des fleurs, les antennes, organes exquis du toucher, qui couronnent sa tête, et le réseau admirable d'yeux dont elle est entourée, au nombre de plus de douze mille. Mais ce qui le rend bien supérieur à la rose, il a, oulre la beauté des formes, les facultés de voir, d'ouïr, d'odorer, de savourer, de sentir, de se mouvoir, de vouloir, enfin une âme douée de passions et d'intelligence. C'est pour le nourrir que la rose entr'ouvre les glandes nectarées de son sein ; c'est pour en protéger les œufs collés comme un bracelet autour de ses branches, qu'elle est entourée d'épines. La rose ne voit ni n'entend l'enfant qui accourt pour la cueillir ; mais le papillon, posé sur elle , échappe à la main prête à le saisir, s'élève dans les airs, s'abaisse, s'éloigne, se rapproche; et, après s'être joué du chasseur, il prend sa volée, et va chercher sur d'autres fleurs une retraite plus tranquille (i).

Le MÊME. Harmonies de la Nature, t. II.

Les Oiseaux et les Poissons.

Jusque dans les derniers détails l'économie tout entière des poissons contraste avec celle des oiseaux. L'être aérien découvre nettement un horizon immense; son ouïe subtile apprécie tous les sons , toutes les into-

(0 Voyez, t. II, le Papillon.

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symétriques , toujours de nuances admirablement assorties ou contrastées, pour qui auraient-ils reçu tous ces dons, eux qui ne peuvent au plus que s'entrevoir dans ces profondeurs où la lumière a peine à pénétrer? et quand ils se verraient, quel genre de plaisirs pourraient réveiller en eux de pareils rapports ?

CuviER. Hist.des Poissons, liv. II, ch. Ier, p. 280-282.

Faiblesse du pouvoir de l'Homme contre celui de la Nature.

Nous ne voyons l'ordre que là où nous voyons notre blé. L'habitude où nous sommes de resserrer dans des digues le canal de nos rivières, de sabler nos grands chemins, d'aligner les allées de nos jardins, de tracer leurs bassins au cordeau, d'équarrir nos parterres et même nos arbres, nous accoutume à considérer tout ce qui s'écarte de notre équerre comme livré à la confusion. Mais c'est dans les lieux où nous avons mis la main que l'on voit souvent un véritable désordre. Nous faisons jaillir des jets d'eau sur des montagnes ; nous plantons des peupliers et des tilleuls sur des rochers; nous mettons des vignobles dans des vallées , et des prairies sur des collines. Pour peu que ces travaux soient négligés , tous ces petits nivellemens sont bientôt confondus sous le niveau général des continens, et toutes ces cultures humaines disparaissent sous celles de la nature. Les pièces d'eau se changent en marais, les murs de charmille se hérissent, tous les berceaux s'obstruent, toutes les avenues se ferment, les végétaux naturels à chaque sol déclarent la guerre aux végétaux étrangers; les chardons étoiles et les vigoureux verbascums étouffent sous leurs larges feuilles les gazons anglais ; des foules épaisses de graminées et de trèfles se réunissent autour des arbres de Judée ; les ronces du chien y grimpent avec leurs crochets, comme si elles y montaient à l'assaut; des touffes d'orties s'emparent do l'urne des Naïades, et des forêts de roseaux

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Dans cette saison fortunée, ô Tivoli! je foulai, pour la première fois , ton sol antique. Mes regards se portèrent avidement sur la grande cascade. Jamais ce sublime caprice de la nature n'avait paru plus imposant aux yeux du voyageur étonné. Les flots de l' Aniéno , transformés en une nappe immense, se précipitaient, avec un bruit pareil à celui du tonnerre , dans le vaste bassin que lui avait creusé la nature. Le Vésuve en furie mugit avec moins de majesté. O miracle de l'harmonie! à travers le bruissement de l'onde écumante, on distinguait par intervalles le chant mélodieux de Philomèle (i).

l'été.

La nuit ne luttait plus qu'avec des forces inégales contre les feux dont le soleil, vers le milieu du printemps , embrase la belle Ausonie. Une atmosphère de jeunesse et d'amour était répandue sur toute la nature. Le désir , la volupté, la vie, circulaient dans l'air. L'oiseau soucieux voltigeait, en battant des ailes, autour du nid tissu par sa merveilleuse industrie, et qui bientôt devait receler ses petits, près de briser leur enveloppe fragile. Cependant le chêne altier n'offrait point encore une barrière impénétrable aux brûlantes ardeurs du midi. Toutes les fleurs de la saison n'étaient point écloses ; celles qui appartiennent aux derniers jours du printemps avaient seules reçu, par leurs stigmates , cette poussière mystérieuse, qui , s'élançant des anthères du fleuron maie , et portée sur laile du zéphyr, va féconder l'amoureux pistil de la fleur ; on voyait même l'abeille dorée et le brillant papillon, chargés du précieux pollen, seconder, en suçant le nectar des fleurs, les essais incertains de l'amant léger de Flore. Enfin la nature n'avait pas encore achevé de développer ses richesses, mais elle se montrait dans toute sa grâce et sa fraîcheur première. Telle

(i) Voyez Définitions, les Quatre Saisons de Girodet.

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stalactites de la grotte; d'Antiparos, ces cônes et cea pointes inégales qui surchargent les branches dépoun ues

de leur verte chevelure. Quel brillant spectacle s'offre à nos regards, lorsque le soleil, écartant avec majesté la foule des nuages montueux qui s'opposent à ses triomphes, inonde de sa bienfaisante lumière nos forêts silencieuses et nos campagnes desséchées par le souffle glacé des fougueux enfans d'Eole !

J'irai donc chercher sur la cime des montagnes qui couronnent la belle et libre Helvétie, ces glaciers immenses , ces neiges éternelles dont la solidité , la teinte bleuâtre offrent au physicien philosophe une si ample matière à de nouveaux systèmes sur les époques antédiluviennes et sur l'origine des choses ? O mystères inconcevables du maître de la nature ! les flancs de ces rochers sourcilleux recèlent peut-être des torrens de feux clandestins. L'Etna, couvert de neige, n'élance-t-il pas vers le ciel ses laves brûlantes, et de son sein déchiré ne voiton pas jaillir des fleuves embrasés dont les ondes solides et les filons dévastateurs fuient avec rapidité dans les campagnes, brisent et entraînent tout ce qui s'oppose à leur furie ? Tel un vieillard, dont la tête est ombragée de cheveux blancs, cache dans son sein un cœur agité de passions tumultueuses. Si, pour le malheur du monde, une destinée vengeresse arme ses faibles mains du pouvoir suprême, soudain l'orage éclate, des torrens d'hommes , altérés de carnage et de sang, couvrent les riches domaines de Paies, et les Empires sont détruits. Mais détournons et nos coeurs et nos yeux de ces images de désolation et de mort. D'une main légère, je vais esquisser quelques unes des grandes scènes si variées que nous offre la saison des glaces et des noirs aquilons.

Cités superbes, ce ne sera pas non plus dans votre sein, au milieu de vos plaisirs factices et corrupteurs , que j'irai composer le tableau des jouissances et des beautés de l'hiver. Rustique et sauvage habitant des forêts et des val-

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