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xvj REGLES
son des mots, il faut des choses, des pensées, des raisons ; il faut savoir les présenter , les nuancer , les ordonner : il ne suffit pas de frapper l'oreille, d'occuper les yeux j il faut agir sur l'âme, et toucher le cœur en parlant à l'esprit.
Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées : si on les enchaîne: étroitement , si on les serre, le style ferme devient nerveux et concis 5 si on les laisse se succéder lentement, et ne se joindre qu'à la faveur des mots, quelque élégans qu'ils soient , le style sera diffus , lâche et traînant.
Mais, avant de chercher l'ordre dans lequel on présentera ses pensées , il faut s'en être fait un autre plus général et plus fixe , où ne doivent entrer que les premières vues et les principales idées ; c'est en marquant leur place sur ce premier plan, qu'un sujet sera circonscrit, et que l'on en connaîtra l'étendue ; c'est en se rappelant sans cesse ces premiers linéamens, qu'on déterminera les justes intervalles qui séparent les idées accessoires et moyennes qui serviront à les remplir. Par la force du génie , on se représentera toutes les idées générales et particulières sous leur véritable point de vue; par une grande finesse de discernement , on distinguera les pensées stériles des idées fécondes; par la sagacité que donne la grande habitude d'écrire , on sentira d'avance quel sera le produit de toutes ces opérations de l'esprit. Pour peu que le sujet soit vaste ou compliqué, il est bien rare qu'on puisse l'embrasser d'un coup d'œil ou le pénétrer en entier d'un seul et premier effort
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ou lorsque, ayant à parler de choses grandes, épineuses et disparates, la marche du génie se trouve interrompue par la multiplicité des obstacles, et contrainte par la nécessité des circonstances ; autrement, le grand nombre de divisions, loin de rendre un ouvrage plus solide, en détruit l'assemblage; le livre paraît plus clair aux yeux, mais le dessein de l'auteur demeure obscur ; il ne peut faire impression sur l'esprit du lecteur j il ne peut même se faire sentir que par la continuité du fil, par la dépendance harmonique des idées, par un développement successif, une gradation soutenue , un mouvement uniforme que toute interruption détruit ou fait languir.
Pourquoi les ouvrages de la nature sont-ils si parfaits? c'est que chaque ouvrage est un tout, et qu'elle travaille sur un plan éternel dont elle ne s'écarte jamais. Elle prépare en silence les germes de ses productions ; elle ébauche , par un acte unique , la forme primitive de tout être vivant, elle la développe, elle la perfectionne par un mouvement continu et dans un temps prescrit. L'ouvrage étonne, mais c'est l'empreinte divine dont il porte les traits qui doit nous frapper. L'esprit humain ne peut rien créer : il ne produira qu'après avoir été fécondé par l'expérience et la méditation : ses connaissances sont les germes de ses productions. Mais s'il imite la nature dans sa marche et dans son travail , s'il s'élève par la contemplation aux vérités les plus sublimes, s'il les réunit, s'il les enchaîne, s'il en forme un tout, un système parla réflexion, il établira, sur des fondemens inébranlables, des monumens immortels.
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