BUFFON
La Fauvette.
Le triste hiver, saison de mort, est le temps du sommeil, ou plutôt de latorpeurdc la nature j les insectes sans vie, les reptiles sans mouvement, les végétaux sans verdure et sans accroissement, tous les habitans de l'air détruits ou relégués, ceux des eaux renfermés dans des prisons de glace, et la plupart des animaux terrestres confinés dans les cavernes, les antres et les terriers, tout nous présente les images de la langueur et de la dépopulation ; mais Le retour des oiseaux au printemps est le premier signal et la douce annonce du réveil de la nature vivante, et les feuillages renaissans, et les bocages revêtus de leur nouvelle parure, sembleraient moins frais et moins touclians sans les nouveaux hôtes qui viennent les animer.
De ces hôtes des bois, les fauvettes sont les plus nombreuses comme les plus aimables j vives , agiles, légères et sans cesse remuées, tous leurs mouvemens ont l'air du sentiment, tous leurs accens le ton de la joie , et tous leurs jeux l'intérêt de l'amour. Ces jolis oiseaux arrivent au moment où les arbres développent leurs feuilles et commencent à laisser épanouir leurs (leurs ; ils se dispersent dans toute L'étendue de nos campagnes : les uns viennent habiter nos jardins; d'autres préfèrent les avenues et les bosquets; plusieurs espèces s'enfoncent dans les grands bois, et quelques unes se cachent au milieu des roseaux. Ainsi les fauvettes remplissent tous les lieux de la terre, et les animent pai les mouvemens et Les accens de leur tendre gaieté*
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iy4 DESCRIPTIONS.
Le rossignol charme toi/jours, et ne se répète jamais, du moins jamais ser\ ilejnent ; s'il redit quelque passage, ce passage est animé d'un accent nouveau, embelli par de nouveaux agrémens : il réussit dans tous les genres , il rend toutes les expressions , il saisit tous les caractères ; et de plus il sait en augmenter l'effet par les contrastes. Ce coryphée du printemps se préparc-t-il à chanter l'hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des tons faibles, presque indécis, comme s'il voulait essayer son instrument et intéresser ceux qui l'e< outent ; mais ensuite, prenant de l'assurance, il s'anime par degrés, il s'échauffe, et bientôt il déploie dans leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe : coups de gosier éclatans ; batteries vives et légères ; fusées de (liant, où la netteté est égale à la volubilité -} murmure intérieur et sourd qui n'est point appréciable à L'oreille, mais très-propre à augmenter l'éclat des tons appréciables ; roulades précipitées , brillantes et rapides, articulées avec force , et même avec dureté de bon goût ; accens plaintifs cadencés avec mollesse ; sons filés sans art, mais enflés avec âme ; sons enchanteurs et pénétrans , vrais soupirs d'amour et de volupté qui semblent sortir du cœur, et font palpiter tous les cœurs, qui causent à tout ce qui est sensible une émotion si douce, une langueur si touchante. C'est dans ces tons passionnés que l'on reconnaît le langage du sentiment qu'un époux heureux adresse à une compagne chérie, et qu'elle seule peut lui inspirer ; tandis que dans d'autres phrases plus étonnantes peut-être , mais moins expressives, on reconnaît le simple projet de l'amuser et de lui plaire, ou bien de disputer devant elle le prix du chant à des rivaux jaloux de sa gloire et de son bonheur.
Ces différentes phrases sont entremêlées de silences, île ces, silences qui, dans tout genre de mélodie, concourent si puissamment aux grands effets. On jouit des beaux sons que l'on vient d'entendre, et qui reten-
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du caractère, surtout dans ces animaux, tient de trèsprès à celle qui se trouve entre leurs sens, le serin, dont l'ouïe est plus attentive, plus susceptible de recevoir et de conserver les impressions étrangères, devient aussi plus social, plus doux , plus familier: il est capable de connaissance, et même d'attachement; ses caresses sont aimables , ses petits dépits innocens , et sa colère ne blesse ni n'offense. Ses habitudes naturelles le rapprochenl encote de nous: il se nourrit de graines, comme nos autres oiseaux domestiques; on l'élève plus aisément que le rossignol, qui ne vit que de chair ou d'insectes, et qu'on ne peut nourrir que de mets préparés. Son éducation plus facile est aussi plusheureuse ; on l'élève avec plaisir, parce qu'on l'instruit avec succès; il quitte la mélodie <l< son chant naturel, pour se ppeter à l'harmonie de nos voix et de nos instrumens ; il applaudit, il accompagne, et nous rend au-delà de ce qu'on peut lui donner.
Le rossignol, plus fier de son talent, semble vouloir le conserver dans toute sa pureté; au moins paraît-il faire assez peu de cas des nôtres : ce n'est qu'avec peine qu'on lui apprend à répéter quelques unes de nos chansons. Le serin peut parler et siffler; le rossignol méprise la parole autant que le sifflet, et revient sans cesse à son brillant ramage. Son gosier, toujours nouveau, est un i hcf- d'oeuvre de la nature auquel l'art humain ne peut rien changer ni ajouter; celui du serin est un modèle de grâces, d'une trempe moins ferme, que nous pouvons modifier. L'un a donc bien plus de part que l'autre aux agrémens de la société ; le serin chante en tout temps , il nous récrée dans les jours les plus sombres , il contribue même à notre bonheur ; car il fait l'amusement de toutes les jeunes personnes, les délices des recluses; il charme au moins les ennuis du cloître , porte de la gaieté dans les âmes innocentes et captives; et ses petites amours, qu'on peut considérer de près en le faisant nicher , ont rappelé mille et mille fois à la tendresse des cœurs sacrifiés : c'est
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nuances plus sombres el de leurs oppositions entre (Iles , un nouveau lustre, et des effets de lumière si sublimes, que notre; art ne peut ni les imiter ni les décrire.
Tel paraît à nos yeux le plumage du paon, lorsqu'il se promène paisible et seul dans un beau jour de printemps ; mais si sa femelle vient tout à coup à paraître , si les feux de l'amour, se joignant aux secrètes influences de la saison , le tirent de son repos, lui inspirent une nouvelle ardeur et de nouveaux désirs, alors toutes ses beautés se multiplient, ses yeux s'animent et prennent de l'expression, son aigrette s'agite sur sa tète, et ami. l'émotion intérieure; les longues plumes de. sa queue déploient , en se relevant, leurs richesses éblouissantes ; sa tête et son cou, se renversant noblement en arrière, se dessinent avec grâce sur ce front rai lieux, où la Lumière «lu soleil se joue en mille manières, se perd et se reproduit sans cesse, et semble prendre un nouvel éclat plus doux et plus moelleux , de nouvelles < ouleurs plus va: et plus harmonieuses; chaque mouvement de l'oiseau produit des milliers de nuances nouvelles, des gerbes de
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