‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 49 sur 141 · I MI.MI · texte numérisé non relu

I MI.MI

(i) Vuy.i, Morale nth.,

/ s . II.

a{,8 DÉFINITIONS.

La Police de Paris.

Les citoyens d'une ville bien policée jouissent de l'ordre qui y est établi, sans songer combien il en coûte de peines à ceux qui l'établissent ou le conservent, à peu près comme tous les hommes jouissent de la régularité des mouvemens célestes, sans en avoir aucune connaissance; et mi^me plus l'ordre d'une police ressemble, par son uniformité, â celui des corps célestes, plus il est insensible , et par conséquent, il est toujours d'autant plus ignoré , qu'il est plus parfait. Mais qui voudrait le connaître et l'approfondir, en serait effrayé.

Entretenir perpétuellement dans une ville telle que Paris une consommation immense, dont une infinité d'accidens peuvent toujours tarir quelques sources ; réprimer la tyrannie des marchands à l'égard du public, et en même temps animer leur commerce ; empêcher les usurpations mutuelles des uns sur les autres , souvent difficiles à démêler; reconnaître , dans une foule infinie, tous ceux qui peuvent si aisément y cacher une industrie pernicieuse, en purger la société, ou ne les toléra qu'autant qu'ils lui peuvent être utiles, parties emplois dont d'antres qu'eux ne se chargeraient pas ou ne s'acquitlei. lient pas si bien ; tenir les abus nécessaires dans les bornes prescrites de la nécessité, qu'ils sont toujours prêts à franchir ; les renfernn i dans l'obscurité à laquelle

ils doivent être Condamnés, et ne les en tirer pas même par

tles chàtunens tfOp éclatans: ignorer ce qu*îl vaut mieux ignorer (pie punir, et ne punir que rarement et uiilem ni ;

pénétrer, par des conduits souterrains, dans l'intérieur

des ftmilles, et leur garder des secrets qu'elles n'ont pas coudés, tant qu'il n'est pas nécessaire d'en faire usage; être présent partout sans rtre vu ; enfin, mouvoir ou arrêter à son gré une multitude numérise et tumul-

Dl I IMlinx 3- |

lie, c\ ttre l'Ime I prriqut in-

<ont, en géti<

m |>.ir la (ju.iîil.-

i pat l.i

mu*

Li \ on j>ul>l.

I ,r de d'Arçrnsijn.

La Vie humain-

rrvtr a la m

af,o DEFINITIONS.

d'an vas»' dans un autre,, consolei d'une passion pai une passion nouvelle, d'une perte par un nouvel attachement, d'une disgrâce par d< oouvellei espérances, l'amertume les suit partout; ils changent de situation, mais ils ne changent pas de supplii e (i).

Massillon.

La Coin et !'•> PoStefl emmens.

Un homme sage envisagera toujours la Cour cl les postes éminens comme dangereux poui le salut : G est à la Cour, c'est dans les postes éminens que sont tendus , pour l'ordinaire, les plus grands pièges à la vertu ; c'est là <jue l'on s'abandonne, pour, l'ordinaire, àsespassion^ , par la facilité que l'on trouve à les satisfaire ; c'est là qu'on est tenté de se regarder comme un être d'une espèce particulière , et infiniment supérieur au vulgaire ; c'est là du moins que chacun devient tyran à son tour, et que le courtisan, pour se dédommager «le L'esclavage où le Prince le réduit, rend esclave L'homme qui lui est soumis ; c'est là que se forment ces intrigues se« i menées clandestines, ces trames sanguiua ires, ces complots criminels dont 1 innocence est si souvent la victime : c est là que chacun souffle re venin de la flatterie , et que chacun aime à le recevoir; c'est là que l'imagination se prosterne devant de frivoles divinités, et que d'indigm i reçoivent ces hommages suprêmes qui ne sont dus qu'au Dieu souverain; c'est là que l'âme, frappée d'images séduisantes, se trouve livrée, comme maigre elle, à d'importuns souvenirs lorsqu'elle veut se nourrir d< méditations, seules dignes d'une intelligence immortelle ; c'est là, enfin, que Ton se seul entraîné par le torrent, et que des exemples que l'on croit illustres autorisent le*

(i) Voyez le* Leçons Latit ts , t. If.

M IIM I h >M j ,

Ml I

pour le < ' un

vertu (i).

Saumin.

< )i i m le i

trnl , qui i nr

ji.-uv I

■ , il f.iul pou» "ir '.

I olution joun

nemens qui réveillent

< nnversationi

UTHMls ,

■ ■ leui . l'r

pir pluj

I in I ;

a6a DÉFINITION

rien se croient encore plus misérables; où tout ce qui plaîl ne plaît jamais long-temps, et où l'enn (que

la destinée la plus douce et la plus supportable qu'on

puisse y attendre.

Voilà le monde; et ce n'est pas ce monde obscur qui ne connaît ni les grands plaisirs ni Les charmes de la

prospérité, de la faveur et de l'opulence ; c'est le monde dans son beau; c'est vous-mêmes qui m écoutes. ^ oili le monde; et ce n'est pas ici une de ces peintures imaginées, et dont on ne trouve nulle paît la ressembla Je ne peins le inonde que d'apie» votre < nui lire

tel que mmis le (.uni, lisse/, il le sente/, tous les joins vous-mêmes.

Même sujet.

Rien n'est constant dans le monde, ni les fortunes les plus florissantes, ni les amitiés les plus vives, ni les faveurs les plus enviées. On y voit une sagesse souveraine cpii se plaît, ce semble, à se jouer des hommes en 1rs élevant les uns sur les ruines des autres, en dégradant ceux qui étaient au haut de la roue , pour y faire monter ceux qui rampaient il n'y a qu'un moment devant eux ; eu produisant tous les jours de nouveaux héros sur le théâtre, et faisant éclipser ceux qui auparavant) jouaient un rôle si brillant; en donnant sans cesse de nouvelles scènes à l'univers. Les hommes passent tout»' leur vie dans des agitations, des projets et des mesures : toujours attentifs à se surprendre, ou à éviter d'être surpris; toujours empressés et habiles à profiler de la retraite , de la disgrâce ou de la mort de leurs coneurrens, et à se faire , de ces grandes levons de mépris du monde, de mun eaux motifs d'ambition et de cupidité; toujours occupes ou de leurs craintes ou de leurs espérances ; toujours inquiets ou sur le présent ou sur l'avenir ; jamais tranquilles ; tra-

Iil MMI H»\

tmbition . L

rtus luiauiqui il port* ses partisans I I ■ »»*• pou-

I pjr le •

»iu< ci ne ; la pat lut I int(

loBftnges el Lei ad .ne , l.i jilouair el le i

■ Ji 1 an>

• il *«•» n "

el «!'

a6/, DEFINITIONS.

par l'inconstance ; les engagemens Ici pin I tendres y finissent par la haine et la perfidie) les fortunes lés plus brillantes y perdenl tout leur agrément pai les assujettissemens qn 'elles exigent ; les places les plus honorables n'y font sentir que Le < hagrin de ne pouvoir monter plu hanl -, chacun s'y pfainl «le sa destinée : les plus élevés n'y sont pas les plus heureux ; ils montent par leur rang el par leur fortune jusqu'au-dessus îles nuées; on les perd

de vue, i haut ils sont places-, ils paraisseol au-dessus

du reste des hommes par les hommages qu'on leur rend ,

par l'éclat qui les environne, par les grâces qu'ils distribuent, par les adulations éternelles dont la prospérité

l.i puissance sonl toujours accompagnées ; et par la sali

même des plaisirs, et par la gène des assujettissemena el «les bienséances, et par la bizarrerie de leurs désirs, et par l'amertume de leurs jalousies, et par la bassesse qu'ils emploient pour plaire au maître, et par les dégoûts qu'ils ■ BSuient, ils sont plus has que le peuple et plus malheureux que lui. Le même.

La vraie Gloire.

Là gloire est un sentiment qui nous élève à nos propres yeux, et qui accroît notre considération aux yeux des hommes éclairés. Son idée est indivisiblemenl liée avec celle d'une grande difficulté vaincue, d'une grande utilité subséquente au succès, et d'une égale augmentation de bonheur pour l'univers ou pour la patrie. Quelque génie que je reconnaisse dans l'invention d'une arme meurtrière, Vèxi itérais une juste indignation, si je disais que tel homme ou telle nation eut la gloire de l'avoir inventée. La gloire, du moins selon les idées que je m'en suis formées , n'est pas la récompense du plus grand succès dans les sciences. Inventez un nouveau calcul, composez un poëme sublime, ayez surpassé

Dl FINITIONS

< Drmotil I

( )n m- I obtient |'i' mai ! I . \ B

que

..h .li- I » i

<|iir | ' '

util) '

i : .ml un !■ „t>.

orageux , ilu bosbeoi

, ulut il I

« loi . BOB d Bfl < • *-»i

I ' I . ilus ou d'un ( <

a6G DEFINITIONS

iL-iice.

Par elle, l'homme ose franchir les hornes étroites dans lesquelles il semble que la nature l'ait renfermé : citoyen de toutes les républiques, habitant de tous les Empires, le momie cniici esl sa patrie, La science, comme un guide aussi fidèle que rapide, le conduit Je pays en pa\s, de royaume en royaume; ejle lui en découvre les lois, les mœurs, la religion, le g >uvernement : il revient chargé des dépouilles de IM )rient et de l'< )i cidenl ; el , joignant les richesses étrangères à ses prop rs, il semble

que la si ience lui ait appris à rendre toutes les nations de la terre tributaires de sa <loi irine.

Dédaignant les bornes «les temps comme celles des lieux, on dirait qu'elle l'ait fait vivre long-temps avant sa naissance. C 'est l'homme de tous les siècles, comme de tous les pays. Tous les saçes de l'antiquité ont pensé, ont agi pour lui, ou plutôt il a vécu avec eux, il a entendt) leurs leçons, il a ele le témoin de leurs grands exemples, Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu'à admirer leurs lumières, quel aiguillon leurs paroles ne laissent-elles pas dans son esprit'.' quelle sainte jalousie leurs actions n'allument-elles pas dans son cœur?

Ainsi nos pères s'animaient à la vertu : une nohh émulation les portait à rendre à leur tour Athènes el Home jalouses de leur gloire : ils voulaient surpasser les Aristide en justice, les Phocion en constance, les Fabrice en modération, el les (ialoti même eu \erlu.

Que si les exemples de sagesse, de ;;riudeur d'àme ,

de générosité, d amour de la patrie, deviennent plus

rares que jamais, «'est parce que la mollesse et la vanité

de noire âge ont rompu les nu-mls de cette douce et utile

■ té nue h science forme entre les vivans et

hl i IMITIONS

jUiU) r eo

sur !

hu-

.lu ,

que le •

<>nt

temps les ■( rèti . dispositions qui ont préparé Les grands

changemens et les conjon( turcs importantes qni les ont fait arriver. En effet, il ne suffit pas de regaxdei seulemenl devant ses yeux, c'est-à-dire, de considère] les grands événemensqui décident tout à coup de la fortune des Empires. Qui veut entendre à fond les choses humaines doit les reprendre de plus haut , et il lui faut observer les inclinations et les mœurs, ou, pour dire tout en un mot, le caractère, tant des peuples dominans en général, que des princes en particulier, et enfin de tous les hommes extraordinaires, qui, par l'importance du personnage qu'ils ont eu a faire dans le monde , ont contribué en bien ou en mal aux changemens des Etats et à la fortune publique.

Page 1