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xxiv REGLES DE l/ART DECHIRE.
ne peint que l'homme, et le peint tel qu'il est : ainsi le ton de l'historien ne deviendra sublime que quand il fera le portrait des plus grands hommes j quand il exposera les plus grandes actions, les plus grands mouvemens, les plus grandes révolutions, et partout ailleurs , il suffira qu'il soit majestueux et grave. Le ton du philosophe pourra devenir sublime toutes les fois qu'il parlera des lois de la nature , de l'être en général, de l'espace, de la matière, du mouvement et du temps, de l'âme, de l'esprit humain, des sentimens, des passions ; dans le reste, il suffira qu'il soit noble et élevé. Mais le ton de l'orateur et du poète, dès que le sujet est grand, doit toujours être sublime, parce qu'ils sont les maîtres de joindre à la grandeur de leur sujet autant de couleur, autant de mouvement, autant d'illusion qu'il leur plaît ; et que, devant toujours peindre et toujours agrandir les objets, ils doivent aussi partout employer toute la force, et déployer toute l'étendue de leur génie.
Buffon. Discours de réception à V Académie Française,
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144 VI j*vr
a NARRATIONS.
Trois qualités lui sont essentielles : la brièveté, la clarté et la vraisemblance.
La narration sera courte et précise , si elle ne remonte pas plus haut , et ne s'étend pas plus loin que la cause ne l'exige, el si, lorsqu'on n'aura besoin que d'exposer les faits en masse , elle en néglige les détails ; si elle ne se permet aucun écart; si elle fait entendre ce qu'elle ne dit pas; si elle omet non seulement ce qui nuirait à la cause, mais ce qui n'y servirait point ; si elle ne dit qu'une fois ce qu'il y a d'essentiel à dire, et si elle ne dit rien de plus.
La narration sera claire, ajoute l'orateur, si les faits y sont à leur place et dans leur ordre naturel; s'il n'y a rien de louche et rien de contourné , point de digressions , rien d'oublié que l'on désire , rien au-delà de ce qu'on veut savoir; car les mêmes conditions qu'exige la brièveté, la clarté les demande; et si une chose n'est pas bien entendue, souvent c'est moins par l'obscurité que par la longueur de la narration. Il ne faut pas non plus y négliger la clarté des mots en eux-mêmes et la lucidité de l'expression en général ; mais c'est une règle commune à tous les genres de discours.
Quant à la vraisemblance, elle consiste à présenter les choses comme on les voit dans la nature; à observer les convenances relatives au caractère , aux mœurs , à la qualité des personnes ; à faire accorder le récit avec les circonstances du lieu, de l'heure où l'action s'est passée, et de l'espace de temps qu'il a fallu pour l'exécuter ; à s'appuyer de la rumeur publique, et de l'opinion même des auditeurs.
Il faut de plus observer, dit-il, de ne jamais interposer la narration dans un endroit où elle nuise ou ne serve pas à la cause , de ne l'employer qu'à propos , et pour en tirer avantage.
La narration nuit lorsqu'elle présente quelque tort grave, qu'on a soi-même, et qu'à force d'excuses et de
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En employant le pathétique indirect, l'orateur ne compromet jamais son ministère ni sa cause. Le récit, l'exposé, la peinture qu'il fait , peut causer une émotion plus ou moins vive sans conséquence. Mais , lorsqu'en se passionnant lui-même, il s'efforce en vain de nous émouvoir, et que, par malheur, tout ce qui l'environne est froid, tandis que lui seul il s'agite, ce contraste risible fait perdre à son sujet tout ce qu'il a de sérieux , à son éloquence toute sa dignité , à ses moyens toute leur force.
Le pathétique direct , pour frapper à coup sûr, doit donc se faire précéder par le pathétique indirect. C'est à celui-ci à mettre en mouvement les passions de l'auditeur; et lorsqu'il l'aura ébranlé, que le murmure de l'indignation se fera entendre, ou que les larmes de la compassion commenceront à couler, c'est à l'orateur à se jeter comme dans la foule , et à paraître alors le plus ému de ceux qu'il vient d'irriter ou d'attendrir. Alors ce nest plus lui qui paraît vouloir donner l'impulsion , c'est lui qui la reçoit ; ce n'est plus à sa passion qu'il s'abandonne , mais à celle du peuple ; et, en se mêlant à lui , il achève de l'entraîner.
Lé point critique et délicat du pathétique direct, c'est de tenir essentiellement à l'opinion personnelle, et d'avoir besoin d'être soutenu par le caractère de celui qui l'emploie. Une seule idée incidente, qui, dans l'esprit des auditeurs, vient le contrarier , le détruit.
MARMONTEL. Elémens de Littérature, t. III.
Mort de Tuieime.
Cette funeste nouvelle se répandit par toute la France, comme un brouillard épais qui couvrit la lumière du ciel,
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Même sujet.
Turenne meurt, toutse confond, la fortune chancelle, la victoire se lasse, la paix s'éloigne, les bonnes intentions des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la vengeance, tout le camp demeure immobile ; les blessés pensent à la perte qu'ils ont faite, et non aux blessures qu'ils ont reçues. Les pères mourans envoient leurs fils pleurer sur leur général mort. L'armée en deuil est occupée à lui rendre les devoirs funèbres ; et la Renommée , qui se plaît à répandre dans l'univers les accidens extraordinaires , va remplir toute l'Europe du récit glorieux de la vie de ce Prince, et du triste regret de sa mort.
Que de soupirs alors , que de plaintes , que de louanges retentissent dans les villes, dans la campagne! L'un, voyant croître ses moissons, bénit la mémoire de celui à qui il doit l'espérance de sa récolte ; l'autre, qui jouit encore en repos de l'héritage qu'il a reçu de ses pères, souhaite une éternelle paix à celui qui l'a sauvé des désordres et des cruautés de la guerre : ici, l'on offre le sacrifice adorable de Jésus-Christ pour l'âme de celui qui a sacrifié sa vie et son sang pour le bien public; là, on lui dresse une pompe funèbre, où l'on s'attendait de lui dresser un triomphe : chacun choisit l'endroit qui lui paraît le plus éclatant dans une si belle vie ; tous entreprennent son éloge ; et chacun , s'interrompant lui-même par ses soupirs et par ses larmes , admire le passé , regrette le présent, et tremble pour l'avenir. Ainsi tout le royaume pleure la mort de son défenseur, et la perte d'un homme seul est une calamité publique.
FlÉCHIER. Oraisons funèbres.
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qu'on avait sur les bras. On lui a fait un service militaire dans le camp, où les larmes et les cris faisaient le véritable deuil: tous les officiers avaient pourtant des écharpes de crêpe ; tous les tambours en étaient couverts; ils ne battaient qu'un coup , les piques traînantes et les mousquets renversés; mais ces cris de toute une armée ne peuvent pas se représenter sans que l'on en soit ému. Ses deux neveux étaient à cette pompe dans l'état que vous pouvez penser. M. de Roye, tout blessé, s'y fit porter; car cette messe ne fut dite que quand ils eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauvre chevalier de Grignan était bien abîmé de douleur. Quand ce corps a quitté son armée, c'a encore été une désolation ; et partout où il a passé , on n'entendait que des clameurs. Mais à Langres ils se sont surpassés ; ils allèrent au-devant de lui en habits de deuil , au nombre de plus de deux cents, suivis du peuple; tout le clergé en cérémonie. Il y eut un service solennel dans la ville; en un moment ils se cotisèrent tous pour cette dépense, qui monta à cinq mille francs, parce qu'ils reconduisirent le corps jusqu'à la première ville, et voulurent défrayer tout le train. Que dites-vous de cçs marques naturelles d'une affection fondée sur un mérite extraordinaire ? Il arriva à Saint-Denis ce soir; tous ses gens l'allèrent reprendre à deux lieues d'ici. Il sera dans une chapelle en dépôt ; on lui fera un service à Saint- Denis, en attendant celui de Notre-Dame, qui sera solennel....
Ne croyez point que son souvenir soit déjà fini dans ce pays -ci : ce fleuve qui entraîne tout n'entraîne pas sitôt une telle mémoire; elle est consacrée à l'immortalité. J'étais l'autre jour chez M. de La Rochefoucault , avec Mmc de Lavardin, Mme de La Fayette, et M. de Marsillac. M. le Prince y vint ; la conversation dura deux heures sur les diverses qualités de ce véritable héros; tous les yeux daient baignés de larmes, et vous ne sauriez croire combien la douleur de sa perle est pro-
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