‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 79 sur 141 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

La Mort.

Nous la portons tous m naissant dans le soin. 11 semble «jim" nous avons sucé, dans les entrailles de nos mè un poison lent, avec lequel nous venons an monde , oui

nous fait languir i< i-l>as , les uns plus , les autres moins , mais qui fin it toujours par Le trépas. Nous naonrom tnm les jours; chaque instant nous dérobe uni portion de notre vie, et nous avance d'un pas vers le Le

DOrnS dépérit , la santé s'use, tout ce qui nous en\ ironttC nous détruit, les alimens nous corrompent, les remèdes nous affaiblissent, ce feu spirituel, qui nous anime a ti dedans, nous consume, et toute notre vie n'est qu un" longue et pénible agonie. Or , dans cette situation, quelle image devrait être plus familière à l homme que celle de la mort? Un criminel condamné à mourir, quelque part qu'il jette les yeux, que peut-il voir que ce triste objet .' Et le plus ou le mmus que nous avons à vivre fait-il une différence assez grande pour nous regarder comme immortels sur la terre ?

Il est vrai que la mesure de nos dest • égale : les uns i oient croître en paix , jusqu à Page le plus recule , le nombre «le leurs années : et , liei itiers des bene dictions de l'ancien temps, ils meurent pleins de joie, au milieu dune nombreus-' postérité; les autres, an< dès le milieu de leur course, voienl les portes du tombeau s'ouvrir en un Ige encore flmieaant| et cherchent

eu vain le reste de leurs années. Enfin , il en est qui u< font que se montrer à la terre, qui finissent du matin au soir, et qui , semblables à la fleur des champs, ne mettent

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vnlsifs, semble indiquer les souffrances du malade, dans

Luis les .mires .ni meur I tranquillement . doucement et

sans douleurs: et même <<■- terrible- effraient

plus les ipa tatcurs qu'elles ne tourmenteal les mais

<ii combien n'en a-t-on pas vus qui, après avoir été à cette dernière extrémité, n'avaient aucun souvenir de ce qui t'était passé, non plus que de ce qu'ils avaient senti! Us avaient réellement cesse .l'être pour eux peu tlantcc temps , puisqu'ils sont obligés «le rayer .In nombre «le leurs jours tous ceux qu'ils ont passes dans (et état, «Inquel il ne leur reste aucune idée.

La plupart «l«'s hommes meurent .1 le lâToil .

et, sur le petit nombre de ceux qui nt <!<■ la con-

naissance jusqu'au dernier soupir, il M I en lr<>n\e | être pas un qui ne conserve 60 même temps de l'espé rance, et qui ne se flatte d'un retour vits la vie. La nature a , pour le bonheur de l'homme , rendu ce sentiment pins fort que la raison. Un malade dont le mal est incurable, qui peut juger son état par des exemples fréquens et familiers, qui en est averti par les mouvemens inquiets de sa famille, par les larmes de ses amis, par la contenance ou l'abandon des médecins, n'en est pas pins convaincu qu'il touche à sa dernière heure; l'intér«"'t est si grand qu'on ne s'en rapporte qu'à soi ; on n'en croit pas les jugemens des autres, on les regarde comme .les larmes peu fondées; tant qu'on se sent et <pj OH pense, on ne réfléchit, on ne raisonne que pour soi, <-t tout Btt mort, que l'espérance vit encore.

Jetés les \ni\ sur un malade <]ui vous aura dit cent fois qu'il se sent attaqué ft mut, qu'il \ > >i t bien qu'il ne peut pas en revenir, qu'il est prêt « expirai : exa

minez ce qui se passe sur sou visage, lorsque par zèle

ou par indiscrétion quelqu'un vient à lui annoncier que

sa fin est proi -haine en efiel ; vous le verrez changer « omme Celui d'un homme auquel OU annonce une nouvelle imprévue ; ce malade ne croit donc pas ce qu'il dit

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corps? La douleui de l'amen tre pi u Jm*U que

par la p. elle du eorpsest toujours p nnéi

I force et à sa faiblesse : dam l'instant de 11 mort naturelle, le corps est plus faible qv ; il ne peut donc éprouver tga'nne Iri douleur, si môme il en éprouve aucune.

BlJFFON. Histoire de l'Homme.

Loi universelle de la Mort.

Dans le vaste domaine de la nature vivante, il règne une violence manifeste, une espèce de rage pi qui arme tous les êtres les uns contre les auti en. J)es que vous sortez du règne insensible, vous trouves le d« • de la mort violente écrit sur lee frontières même de la vie. Déjà, dans le règne végétal . on comanence à sentir sa loi ; depuis l'immense catalpa jusqu'au plus humble graminée, combien de [>l. mil -, meurent, et combien sont tuées! .Mais, des que Min-, entre* dans la règne animal, la loi prend tout à coup me époei intable évidence. Une •orée à la fois caché* et palpable re montre continuellement occupée à meiii le principe de li vie pardes moyens violens. Dans chaque grands division de I espèce animale, elle i choisi on certain nombre

d'animaux qu'elle | chargés de dévorer les auli

ainsi , il \ a des insectes de proie, «!>■> reptiles de on

des oiseaux de proie, des poissons de proie et des q pmpèdes de proie. Il n y i pas un instant de n durée ou I être rivant ne soit dévoré par un autre, \u-dea îles nombreuses ra< es <i tnimanj est placé l'homme , dont

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/{i6 UOfiALE RELIGIEUSE

cieuse fraîcheui ; un aombre infini douerai taisaient

de leurs dons chants; on «roi tout ensemble Us fleurs du printemps qui naissenl sous les pas, avec les riches fruits de l'automne (jui pendaient des arbres.

Là jamais on ne ressentit les ardeurs «le la canicule ; là jamais les noirs aquilons n'osèrent souffler ni faire sentir les rigueurs de l'hiver. .Ni la guerre altérée de sang, ni la truelle envie qui mord d'une denl venimeuse, et qui porte des vipères entortillées dans son sein et autour de ses bras, in les jalousies, ni les défiances, ni la crainte, ni les vains désirs n'approchent jamais de cet heureux séjour de la paix : le jour n'y finit point, et la nuit avec ses sombres voiles y est inconnue : une lumière pure et douce se répand autour des corps de ces hommes justes , et les environne de ses rayons comme d'un vêtement. Celte lumière n'est point semblable à la lumière sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, et qui n'est que ténèbres; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumière : elle pénètre plus subtilement les corps les plus épais, que les rayons du soleil ne pénètrent le plus pur cristal ; elle n'éblouit jamais: au contraire , elle fortifie les yeux, et porte dans le fond de 1 .une. je ne sais quelle sérénité. C'est d'elle seule que les hommes bienheureux sont nourris ; elle sort d'eux, et elle y entre : elle les pénètre, et s'incorpore à eux comme les alimens s'incorporent à nous; ils la voient, ils la sentent, ils la respirent ; elle fait naître en eux une source intarissable de paix et de joie : ils sont plongés dans cet abîme de délices comme les poissons dans la mer; ils ne veulent plus rien ; ils ont tout sans rien avoir ; car le goût de lu mière pure apaise la faim de leur cœur. Tous leurs désirs sont rassasiés, etleur plénitude les eleve au-dessus de tout ce que les hommes vides et affames cherchent sur la terre : toutes les délices qui les environnent ne leur sont rien, parce que le comble de leur félicite, qui vient du

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