‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 103 sur 649 · LE MÊME SENTIMENT ET LA MÊME VERTU DANS LES ILES DE 'LA GRÈCE · texte numérisé non relu

LE MÊME SENTIMENT ET LA MÊME VERTU DANS LES ILES DE 'LA GRÈCE

Les musulmans ont tous ces mêmes principes. Le nom de mussafir est à la fois une sauvegarde et un titre d'honneur que les plus fanatiques ne refusent pas aux chrétiens. Pour être l'objet de leur intérêt, il suffit d'être loin de sa terre natale : tout déplacement esl, en effet, un malheur aux yeux de ces hommes qui trouvent la félicité dans le repos , et ne peuvent même concevoir le but de nos brillantes agitations. Tandis que, parmi nous, le voyageur est souvent l'homme heureux dont on envie le sort , il est constamment pour ces peuples un infortuné à secourir, un navigateur jeté sur une côte lointaine. On sent bien, cependant, que l'hospitalité en honneur chez tous les peuples de l'Orient, quelle que soit leur croyance, doit recevoir une teinte particulière des mœurs de chacun de ces peuples. Chez les Arabes , elle porte l'empreinte de leur simplicité et de leur indépendance ; celle des Turcs a quelque chose de contraint et d'austère comme eux; ils laissent trop souvent apercevoir l'embarras qu'ils éprouvent , en admettant des étrangers dont ils redoutent l'indiscrétion : on voit qu en vous recevant , c'est un devoir qu'ils remplissent; chez les Grecs, au contraire, c'est réellement une fête qu'ils célèbrent ; et l'on est frappé de ce contraste, surtout dans les îles où ils ont conservé plus fidèlement leurs usages, où ils ne sont pas alarmés par la présence de leurs tyrans et par la nécessité de cacher leur aisance à la rapacité qui les épie.

A la vue d'un bateau entrant dans le port de Naxos, de Chios, de Myconi, etc., les chefs de la petite nation viennent s'informer quel esl l'étranger que la curiosité amène sur leurs bords ; et celui qui s'est assuré le premier le bonheur de l'attirer chez lui , s'efforce de justifier celte dis-

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DESCRIPTIONS

linclion dont il s'honore. Sa famille , qu'il s'est hâté de faire avertir, est déjà prête à recevoir le voyageur: on s'empresse de lui apporter du café, des fruits ou des conserves de roses : la fille de la maison, parée de toutes les grâces de son âge, les lui présente , et s'étonne de l'embarras qu'il témoigne en se voyant servi par elle. Après un premier moment de repos, on lui propose de prendre un bain, ou de dormir quelques heures; ce temps est employé à préparer une agréable soirée. Les voisins sont invités au repas et à un bal , où les jeunes et belles insulaires exécutent des danses dont l'origine remonte aux premiers siècles de la Grèce ; elles se font un amusement des questions que hasarde l'étranger , de l'ignorance où il est de leurs usages; elles se plaisent à les lui expliquer; et, cependant, le maître de la maison s'occupe des moyens de lui faire parcourir le lendemain l'intérieur de l'île, de lui montrer les sites les plus intéressants ou quelques débris d'antiques édifices : il raconte les vieilles traditions du pays ; et, soit qu'il partage les idées populaires , soit qu'il étonne en montrant une instruction qu'on ne lui supposait pas, il intéresse toujours par la vivacité de son imagination et la facilité de son langage. On essaye de retenir le voyageur ; il éprouve lui-même le désir de rester ; et lorsque , après quelques jours de repos et de distraction , il se décide enfin au départ , ce n'est jamais sans regret , sans souffrir de l'idée qu'il ne verra probablement plus ceux dont il vient d'éprouver une réception si aimable et si désintéressée. Quelle satisfaction pour lui si , quelques années après , des circonstances imprévues le ramenaient dans ce pays, avec le pouvoir de faire quelque bien , avec les moyens de rendre à ses anciens hôtes l'accueil qu'il en a reçu !

LE MÊME. Ibid.

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