LES MOEURS HOSPITALIERES DE L'ORIENT
A l'aspect de tels monuments , pourrait-on ne pas arrêter quelques instants sa pensée sur l'origine et les pratiques diverses de cette vertu de l'Orient , qui semble s'unir à l'enfance du monde ? C'est surtout dans les contrées où les mœurs ont conservé leur simplicité originelle , c'est sous les tentes de ces nomades , riches de leurs nombreux troupeaux, et heureux de leur indépendance, qu'on retrouve les habitudes patriarcales, qu'on croit voir encore Abraham, oubliant le poids des années pour courir au-devant des voyageurs inconnus , et les conjurer de ne pas dédaigner sa demeure; ou ce pieux Israélite , modèle de bienfaisance , qui charmait sa captivité en soulageant le malheur de ses frères 2. Dans des lieux où se retrace ainsi
DESCRIPTIONS
In vive image de ces mœurs antiques , le voyageur accueilli , secouru , bénit la fidélité de ces peuples aux pieux usages de leurs pères ; il souhaite que. le malheur ne puisse les atteindre , que son hôte généreux ne soit jamais réduit à s'écrier comme Job succombant à l'excès de ses douleurs : « Je n'ai pourtant pas laissé l'étranger hors de ma demeure, cl ma porte fut toujours ouverte aux voyageurs, t
En effet, tous les Arabes pourraient encore aujourd'hui prendre, comme Job, le ciel à témoin de leur attachement à ces principes révérés ; les usages qui leur sont particuliers remontent, comme eux, jusqu'aux premiers âges du monde. Le voyageur, après quelques expressions réciproques de bienveillance, offre un léger présent, toujours reçu avec un sentiment religieux : un don considérable serait repoussé comme une insulte; et si, à la fin d'un long voyage, il se trouve avoir distribué les productions du sol ou de l'industrie de son pays, dont il avait eu le soin de se munir, c'est alors une fleur, une simple branche d'arbuste, cueillie près de la maison, qu'il présente en entrant. Cet acte seul est une formule qui sollicite un asile, et qui est toujours entendue. Offrir la feuille verte est, pour ces peuples, synonyme de demander l'hospitalité; les serviteurs, les enfants s'empressent autour du mussafir * ; on dirait qu'il apporte une heureuse nouvelle; on se fait un sujet de joie de sa présence ; et, déjà, il est bien sûr que rien ne sera négligé de ce qui peut lui rendre son séjour agréable; c'est un devoir rigoureux de le garder au moins trois jours , de tuer pour lui l'agneau le plus gras ; le mussafir est invité à porter le premier la main au plat, à se croire le maître de la maison ; et, d'après un usage général, c'est lui qui doit faire les honneurs du repas qu'on lui donne , et offrir le premier morceau à celui qui le nourrit : son liôte le remercie d'avoir choisi sa demeure, et se félicite du bonheur dont cette préférence lui semble le présage.
Les Arabes Bédouins, eux-mêmes, toujours prêts pour le pillage, qu'aucun lien n'unit aux autres nations, qui dépouillent sans pitié les caravanes traversant les déserts, cl poursuivent le voyageur fuyant à leur aspect , qui se croient le droit de reprendre par la force l'antique héritage dont ils furent , disent-ils, injustement dépouillés dans la personne d'Ismaël, semblent , tout à coup, par une étonnante opposition , oublier leur caractère , pour exercer la plus noble et la plus courageuse hospitalité. Jamais aucun d'eux n'a-
> Primitivement, en arabe, le voyageur, l'étranger} Xi'"><;, | hotpes, hole, celui que l'on reçoit, même un parent, un ami. ' Ce titre indique toujours un devoir- l'n ministre clrauf <*•* est
bandonnera l'étranger qu'il aura reçu ; la famille entière périra plutôt pour le défendre , pour se préserver de l'affront d'avoir laissé insulter un de ses hôtes; et, à l'abri de ce litre sacré, le voyageur traversera le désert au milieu des hordes ennemies, protégé à la fois par l'honneur et la religion. Tous s'indigneraient de la seule idée de trahir le malheureux qui se serait réfugié sous leur toit, qui aurait touché le pan de leur robe. lk mêmk. ma.