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LES VENDANGES

Vers la gauche, un riche et immense vignoble étale ses trésors. Le Dieu du vin et celui des amours saluent à l'envi leur domaine : tous deux sourient d'espérance. De joyeux vendangeurs ont déjà signalé , depuis l'aube du jour, leur bruyante allégresse par des ritournelles redoublées , et les actives vendangeuses à genoux, ou penchées près des ceps, détachent les grappes parfumées, elles entassent dans des paniers ; ensuite des enfants et des jeunes filles les versent dans des hottes déjà humides et arrosées de ce jhs, dont l'innocence apparente et la perfide douceur , semblables aux décevantes promesses du malicieux Amour, recèlent les éléments du délire et des querelles odieuses- Non loin de là, on voit un groupe d'autres jeunes filles qui s'amusent à charger outre mesure un pauvre villageois dont la physionomie un peu naïve excite le rire et la malice de l'essaim folâtre. Il fléchit sous le faix , il chancelle , le coteau est rapide ; mais il se cramponne, il s'arrête à propos, et parvient sans accident jusqu'à la cuve, où il jette d'un seul coup d'épaule son lourd fardeau. Une des jeunes espiègles , qui s'était montrée plus impitoyable que ses compgncs, éprouve un

sort moins prospère. Son pied délicat se pose élourdiment sur une grappe de raisin , elle glisse : en vain elle étend ses bras, en vain elle se balance pour rétablir l'équilibre ; elle tombe , et sa chute fut telle , qu'après s'être relevée à la hâte, elle courut cacher son visage dans le sein de sa mère.

Plus loin , un des vendangeurs déjà sur le retour fuil les atteintes d'une jeune fille à qui il vient d'adresser quelques paroles un peu libres. La jeune vendangeuse le poursuit: il veut esquiver son approche ; elle le joint , le saisit , et , pour se venger, elle presse sur son visage barbu plusieurs grappes de raisin dont elle s'était armée dans sa course : il détourne la tête, mais il n'en reçoit pas moins sur son front , dans ses yeux , la liqueur exprimée par la main de sa folâtre ennemie qui , hors d'haleine, vole rejoindre ses compagnes.

Au pied du coteau, on voyait assis auprès d'une table , et sous une épaisse feuillée , un groupe de vieillards qui, avec du vinel déjeunes pensées, se consolaient entre eux des ravages du temps. Ces souvenirs , ces douces réverbérations de la jeunesse sur l'âge avancé, semblables aux derniers rayons du soleil dans une soirée d'hiver , régénèrent par une sorte de palingénésie , hélas ! trop fugitive , les premières émotions de la vie. C'est ainsi que l'astre du jour réchauffe de ses feux décroissants les membres appesantis du vieillard qui ne peut s'en approcher qu'avec lenteur, et qui ne les voit pas sans regret disparaître sous l'horizon. Enfin, avoir vu, avoir éprouvé, le dire, c'est voir, c'est éprouver encore. De là ces épanchements , ces ineffables effusions du cœur, ces doux projets pour l'avenir. Le père, jusqu'alors indécis, accorde, en remplissant le verre de son vieux voisin , sa fille bien-aimée au fils de son ancien ami , et l'Amour, du haut des airs , sourit au dieu des vendanges f.

pougens. Les quatre Ages , cl». lu.

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