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LE CHEVREUIL

Le cerf, comme le plus noble des habitants des bois, occupe dans les forêts les lieux ombragés par les cimes élevées des plus hautes futaies. Le chevreuil , comme étant d'une espèce plus inférieure , se contente d'habiter sous des lambris

DESCRIPTIONS

». iius, et se tient ordinairement dans le feuilage épais des plus jeunes taillis; mais, s'il a moins de noblesse , moins de force , et beaucoup moins de hauteur de taille , il a plus de grâce , plus de vivacité et même plus de courage que le cerf; il est plus gai, plus leste, plus éveillé ; sa forme est plus arrondie, plus élégante, et sa figure plus agréable ; ses yeux surtout sont plus beaux, plus brillants, et paraissent animés d'un sentiment plus vif; ses membres sont plus souples, ses mouvements plus prestes , et il bondit sans effort, avec autant de force que de légèreté. Il est encore plus rusé, plus adroit à se déro-

cr, plus difficile à suivre; il a plus de finesse, fins de ressources d'instinct : car, quoiqu'il ait le désavantage mortel de laisser après lui des impressions plus fortes, et qui donnent aux chiens plus d'ardeur et de véhémence d'appétit que l'odeur du cerf, il ne laisse pas que de savoir se soustraire à leur poursuite par la rapidité de sa première course et par ses détours multipliés, il n'attend pas, pour employer la ruse, que la force lui manque : dès qu'il sent, au contraire, que les premiers efforts d'une fuite rapide ont été sans succès, il revient sur ses pas, retourne , revient encore ; et, lorsqu'il a confondu, par des mouvements opposés, la direction de l'aller avec celle du retour, lorsqu'il a mêlé les émanations présentes avec les émanations passées , il se sépare de la terre par un bond, et, se jetant à côté, il se met ventre à terre, et laisse, sans bouger, passer près de lui la troupe entière de ses ennemis ameutés.

LE MÊME

Le chien, fidèle à l'homme, conservera toujours une portion de l'empire , un degré de supériorité sur les autres animaux ; il leur commande , il règne lui-même à la tête d'un troupeau , il s'y fait mieux entendre que la voix du berger; la sûreté, l'ordre et la discipline sont le fruit de sa vigilance et de son activité ; c'est un peuple qui lui est soumis, qu'il conduit, qu'il protège, et contre lequel il n'emploie jamais la force que poury maintenir la paix. Mais c'est surtout à la guerre, c'est contre les animaux ennemis ou indépendants, qu'éclate son courage, et que son intelligence se déploie tout entière. Les talents naturels se réunissent ici aux qualités acquises. Dès que le bruit des armes se fait entendre, dès que le son du cor ou la voix du chasseur a donné le signal d'une guerre prochaine , brûlant d'une ardeur nouvelle, le chien marque sa joie par les plus vils transports; il annonce par ses mouve-

ments et par ses cris Vimpalience de combattre cl le désir de vaincre ; marchant ensuite en silence il cherche à reconnaître le pays, à découvrir, à surprendre l'ennemi dans son fort ; il recherche ses traces , il les suit pas à pas , et par des accents différents indique le temps , la dislance , l'espèce , et même l'âge de celui qu'il poursuit.

Le chien , indépendamment delà beauté de sa forme, de la vivacité, de la force, de la légèreté, a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent lui attirer les regards de l'homme. Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, rend le chien sauvage redoutable à tous les animaux , et cède , dans le chien domestique , aux sentiments les plus doux , au plaisir de s'attacher et au désir de plaire ; il vient en rampant mettre aux pieds de son maître son courage, sa force, ses talents ; il attend ses ordres pour en faire usage ; il le consulte , il l'interroge, il le supplie; un coup d'œil suffit, il entend les signes de sa volonté : sans avoir, comme l'homme, la lumière de la pensée , il a toute la chaleur du sentiment , il a de plus que lui la fidélité, la constance dans ses affections : nulle .ambition, nul intérêt, nul désir de vengeance, nulle crainte que celle de déplaire; il est tout zèle, tout ardeur et tout obéissance ; plus sensible au souvenir des bienfaits qu'à celui des outrages , il ne se rebute pas par les mauvais traitements ; il les subit, les oublie, ou ne s'en souvient que pour s'attacher davantage ; loin de s'irriter ou de fuir, il s'expose de luimême à de nouvelles épreuves ; il lèche cette main, instrument de douleur, qui vient de le frapper ; il ne lui oppose que la plainte, et la désarme enfin parla patience et la soumission.

le même. Quadrupèdes,

Le chien est le modèle, le vrai prototype de l'amitié. Chaque espèce se distingue par un attribut particulier qui est , pour ainsi dire , un hommage rendu à ce noble et généreux sentiment ! l'une est spécialement vouée à la garde des troupeaux, et le berger solitaire lui confie sans crainte ses plus chères espérances ; l'autre veille autour de notre demeure , et nous donne la sécurité au milieu de nos immenses possessions. Nous dormons sur la foi de son instinct vigilant et protecteur. Le chien fait tourner tous les jours au profil do l'homme les dons les plus rares dont la nature l'a comblé. Il cherche, il interroge, il suit prudemment les traces de la proie que poursuit l'avide ebasscur. On dirait que l'attachement qu'il porte à son maître aiguise en quelque sorte toutes les finesses de son odorat. Il s'expose peur lui

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quand il s'agit de combattre les plus terribles babi- j tantsdes forêts , et lui dévoue à cbaque instant ! son infatigable intrépidité.

Mais considérons plutôt cescourageux animaux au milieu des glaciers du mont Saint-Bernard, prêtant assistance aux voyageurs qui s'égarent, les guidant au sein des ténèbres , leur créant des routes au milieu des torrents , à travers mille abîmes , et partageant avec les hommes tes plus vénérés les soins périlleux d'une bienfaisance hospitalière.

Voyez les chiens de Terre-Neuve s'élancer dans les flots , affronter le courroux des vagues, braver le déchaînement des vents et de la tempère, se réunir pour mieux résister au courant des fleuves , plonger dans les gouffres de la mer, et ramener vers le rivage les malheureux naufragés.

Qui n'a pas entendu parler des chiens de la Sibérie ? Il semble néanmoinsqu'on n'ait pas assez célébré leur intelligence, leur dévouement, leurs services, leur générosité. Ces animaux servent à la fois pour les Samoïèdes de bêles de somme et de bêles de trait. Ils manifestent une étonnante vigueur, et transportent des fardeaux à des distances prodigieuses. On les attèleàdes traîneaux. Plus lestes que nos coursiers, ils savent se frayer des issues au travers des routes les plus escarpées. Ils ne font qu'effleurer le sol, et passent rapidement sur la neige sans jamais l'enfoncer. Aussi sobres que laborieux, il leur suffît, pour se nourrir, de quelques poissons qu'on fait mariner, et qu'on met ensuite en réserve. Mais, ce qu'il y a de merveilleux dans les habitudes de ces bons chiens, c'est qu'ils restent libres et livrés à euxmêmes tout le cours de leur été. Tant qu'on n'a pas besoin de leur assistance , ils vivent de leur seule industrie. Ce n'est qu'à un signal qu'on leur donne, après l'apparition des premiers froids, qu'ils accourent affectueusement auprès de leurs maîtres, pour leur rendre fous les services dont ceux-ci ont besoin. Ils les dirigent pendant les ténèbres de la nuit, et au milieu des plus terribles orages. Quand les Samoïèdes tombent engourdis sur la terre couverte de frimas, leurs chiens viennent les couvrir de leurs corps, et leur communiquer leur chaleur naturelle. Mais que fait l'homme , partout si ingrat , pour tant de bons offices? 11 attend que ces animaux deviennent vieux pour exiger leur peau, et pour s'en revêtir.

alibert. Physiologie des passion*.

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