‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 113 sur 649 · LF. LION ET LE T1CRE · texte numérisé non relu

LF. LION ET LE T1CRE

Pans la classe des animaux carnassiers, le lion est le premier, le tigre est le second ; et comme le premier, même dans un mauvais genre, est toujours le plus grand el souvent le meilleur , le second est ordinairement le plus méchant de tous. A la fierté , au courage , à la force, le lion joint ta noblesse, la clémence, la magnanimité, tandis

que le tigre est bassement féroce, cruel sans justice, c'est-à-dire sans nécessité. Il en est de même dans tout ordre de choses où les rangs sont donnes par la force ; le premier qui peut tout est moins tyran que l'autre , qui , ne pouvant jouir de la puissance pleinière, s'en venge en abusant du pouvoir qu'il a pu s'arroger. Aussi le tigre estil plus à craindre que le lion; celui-ci souvent oublie qu'il est le roi, c'esl-à-dire le plus fort de tous les animaux : marchant d'un pas tranquille, il n'attaque jamais l'homme, à moins qu'il ne soit provoqué; il ne précipite ses pas, il necourt, il ne chasse que quand la faim le presse. Le tigre, au contraire, quoique rassasié de chair, semble toujours être altéré de sang ; sa fureur n'a d'autres intervalles que eeux du temps qu'il faut pour dresser des embûches; il saisit et déchire une nouvelle proie avec la même rage qu'il vient d'exercer et non pas d'assouvir, en dévorant la première ; il désole le pays qu'il habite; il ne craint ni l'aspect ni les armes de l'homme; il égorge, il dévaste les troupeaux d'animaux domestiques, met à mort toutes les bêtes sauvages, attaque les petits éléphants, les jeunes rhinocéros , et quelquefois même ose braver le lion.

La forme du corps est ordinairement d'accord avec le naturel. Le lion a Pair noble : la hauteur de ses jambes proportionnée à la longueur de son corps ; l'épaisse el grande crinière qui couvre ses épaules et ombrage sa face, son regard assuré, sa démarche grave, tout semble annoncer salière cl majestueuse intrépidité. Le tigre, trop long de corps, trop bas sur ses jambes, la tête nue, les yeux hagards, la langue couleur de sang toujours hors de la gueule, n'a que le caractère de la basse méchanceté el de l'insatiable cruauté ; il n'a pour tout instinct qu'une rage constante , une fureur aveugle, qui ne connaît, qui ne dislingue rien, et qui lui lait souvent dévorer ses propres enfants et déchirer leur mère, lorsqu'elle veut les défendre. Que ne l'eùt-il à l'excès celle soif de son sang, et ne pût-il l'éteindre en détruisant, dès leur naissance, la race entière des monstres qu'il produit!

LE IWÊMK.

Le triste hiver, saison de siort, csl le temps du sommeil, ou plutôt de la torpeur de la nature ; les insectes sans vie, les reptiles sans mouvement, les végétaux sans verdure cl sans accroissement, tous les habitants de l'air détruits ou relégués, ceux des eaux renfermés dans des prisons de glace, et la plupart des animaux terrestres con-

DESCRIPTIONS

fines dans les cavernes, les antres et les terriers, tout nous présente les images de la langueur et de la dépopulation ; mais le retour des oiseaux au printemps est le premier signal et la douce annonce du réveil de la nature vivante , et les feuillages renaissants, et les bocages revêtus de leur nouvelle parure, sembleraient moins frais et moins Jonchants sans les nouveaux hôtes qui viennent les animer.

De ces hôtes des bois , les fauvettes sont les {•lus nombreuses comme les plus aimables ; vives , ajjilcs, légères etc.ans cesse remuées, tous leurs mouvements une l'air du sentiment, tous leurs accents le ton de la joie , et tous leurs jeux l'intérêt de l'amour. Ces jolis oiseaux arrivent au moment où les arbres développent leurs feuilles, et commencent à laisser épanouir leurs lîeurs ; ils se dispersent dans toute l'étendue de nos campagnes : les uns viennent habiter nos jardins ; d'autres préfèrent les avenues et les bosquets; plusieurs espèces s'enfoncent dans les grands bois , et quelques-unes se cachent au milieu des roseaux. Ainsi les fauvettes remplissent tous les lieux de la terre, et les animent par les mouvements et les accents de leur tendre gaieté.

La fauvette à tôle noire est de toutes les fauvettes celle qui a le chant le plus agréable et le plus continu : il tient un peu de celui du rossignol , et l'on en jouit plus longtemps , car, plusieurs semaines après que ce chantre du printemps s'est tu , l'on entend les bois résonner partout du chant de ces fauvettes ; leur voix est facile , pure et légère , et leur chant s'exprime par une suite de modulations peu étendues , mais agréables , flexibles et nuancées ; ce chant semble tenir de la fraîcheur des lieux où il se fait entendre ; il en peint la tranquillité, il en exprime même le bonheur ; car les cœurs sensibles n'entendent pas sans une douce émotion les accents inspirés par la nature aux êtres qu'elle rend heureux.

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