‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 116 sur 649 · LES INSECTES · texte numérisé non relu

LES INSECTES

Jetons les yeux sur ce que la nature a créé de plus faible, sur ces atomes animés, pour lesquels une fleur est un monde, et une goutte d'eau un océan. Les plus brillants ttibleaux vont nou» frapper d'admiration. L'or, le saphir, le rubis, ont été prodigués à des insectes invisibles. Les uns marchent le front orné de panaches, sonnent la trompette , et semblent armés pour la guerre ; d'autres portent des turbans enrichis de pierreries , leurs robes sont élincelàntes d'azur et de pourpre. Ils ont de longues lunettes , comme pour découvrir leurs ennemis , et des boucliers pour s'en défendre. 11 en est qui exhalent le parfum des fleurs, et sont crées pour le plaisir. On les voit avec des ailes de gaze , des casques d'argent , des epieux noirs comme le fer, effleurer les ondes , voltiger dans les prairies , s'élancer dans les airs. Ici on exerce tous les arts, toutes les industries; c'est un petit monde qui a ses tisserands , ses maçons, ses architectes. On y reconnaît les lois de l'équilibre ; et les formes savantes de la géométrie. Je vois parmi eux des voyageurs qui vont à la découverte , des pilotes qui , sans voile et sans boussole , voguent sur une goutte d'eau à la conquête d'un nouveau monde. Quel est le sage qui les éclaire , le savant qui les instruit , le héros qui les guide et les asservit? Quel est le Lycurgue qui a dicté des lois si parfaites? Quel est l'Orphée qui leur enseigna les règles de l'harmonie? Ont-ils des conquérants qui les égorgent , et qu'ils couvrent de gloire? Se croient-ils les'maîlres de l'univers, parce qu'ils rampent sur sa surface? Con-

templons ces petits ménages , ces royaumes, ces républiques , ces hordes semblables à celles des Arabes : une mite va occuper celte pensée- qui calcule la grandeur des astres , émouvoir ce cœur que rien ne peut remplir , étonner cette admiration accoutumée aux prodiges. Voici un insecte impur qui s'enveloppe d'un tissu de soie , et se repose sous une tente ; celui-ci s'empare d'une bulle (1,'air, s'enfonce au fond des eaux , et se promène dans son palais aérien. lien est un autre qui se forme, avec un coquillage, une grotte flottante , qu'il couronne d'une tige de verdure. Une araignée tend sous le feuillage des fdets d'or, de pourpre et d'azur , dont les reflets sont semblables à ceux de l'arc-en-ciel *. Mais quelle flamme brillante se répand tout à coup au milieu de cette multitude d'atomes animés? Ces richesses sont effacées par de nouvelles richesses. Voici des insectes à qui l'aurore semble avoir prodigué ses rayons les plus doux. Ce sont des flambeaux vivants qu'elle répand dans les prairies ; voyez celte mouche qui Suit d'une clarté semblable à celle de la lune, elle porte avec elle le phare qui doit la guider. Tandis qu'elle s'élance dans les airs, un ver rampe au-dessous d'elle : vous croyez qu'il va disparaître dans l'ombre; tout à coup il se revêt de lumière comme un habitant du ciel ; il s'avance comme le fils des astres : tout s'illumine , cl ces reflets éclatants, ces flammes célestes qui rayonnent autour de lui , éclairent les doux combats , les extases et les ravissements de l'amour.

aimÉ-martin. Prèambuledcs Harmonies de la Nature,

Ses mouvements diffèrent de ceux de tous les autres animaux : on ne saurait dire où gît le principe de ses déplacements ; car il n'a ni nageoires, ni pieds, ni ailes; et cependant il fuit comme une ombre , il s'évanouit magiquement ; il reparaît, disparaît encore, semblable à une i petite fumée d'azur * ou aux éclairs d'un glaive : dans les ténèbres. Tantôt il se forme en cercle , et darde une langue de feu ; tantôt , debout sur l'extrémité de sa queue , il marche dans une attitude perpendiculaire , comme par enchantement. Il se jette en orbe , monte et s'abaisse en spirale, roule ses anneaux comme une onde , circule sur les branches des arbres, glisse sous l'herbe des prairies ou sur la surface des eaux. Le labyrinthe avait moins de sinuosités que les méandres tracts par ce reptile. Ses couleurs sont aussi peu dater-

i L 'araignée iln Mexique , nommée atocall

DESCRIPTIONS

minces que sa marche ; elles changent à tous les aspects de la lumière, et, comme ses mouvements, elles ont le faux brillant et les variétés trompeuses «le la séduction.

Plus étonnant encore dans le reste de ses mœurs , il sait , ainsi qu'un homme souillé de meurtre , jeter à l'écart sa robe tachée de sang, dans la crainte d'être reconnu. Par une étrange faculté , il peut faire rentrer dans son sein les petits monstres que l'amour en a fait sortir. 11 sommeille des mois entiers, fréquente les tombeaux, habile les lieux inconnus, compose des poisons qui glacent , brûlent ou tachent le corps de sa victime des couleurs dont il est lui-même marqué. Là , il lève deux têtes menaçantes ; ici , il fait entendre une sonnette ; il siffle comme un aigle de montagne, mugit comme un taureau. Objet d'horreur ou d'adoration, les hommes ont pour lui une haine implacable , ou tombeat devant son génie. Le Mensonge l'appelle, la Prudence le réclame, l'Envie le porte dans son cœur , et l'Eloquence à son caducée. Aux enfers, il arme le fouet des furies ; au ciel , l'éternité en fait son symbole. 11 possède encore l'art de séduire l'innocence. Ses regards enchantent les oiseaux dans les airs ; et , sous la fougère de la crèche , la orebis lui abandonne son lait *.

cuatk»ueiu*no. Génie du Christianisme.

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