LE SERIN ET LE ROSSIGNOL
Si le rossignol est le chantre des bois , le serin est le musicien de la chambre ; le premier tient tout de la nature , le second participe à nos arts : avec moins de force d'organe, moins d'étendue dans la voix, moins de variété dans les sons, le serin a plus d'oreille, plus de facilité d'imitation , plus de mémoire ; et comme la différence du caractère, surtout dans les animaux, tient de très-près à celle qui se trouve entre leurs -sens, le serin , dont l'ouïe est plus attentive , plus susceptible de recevoir et de conserver les impressions étrangères , devient aussi plus social , plus doux , plus familier : il est capable de reconnaissance, et même d'attachement ; ses caresses sont aimables , ses petits dépits innocents , et sa colère ne blesse ni n'offense. Ses habitudes naturelles le rapprochent encore de nous : il se nourrit de graines, comme nos autres oiseaux domestiques ; on l'élève plus aisément que le rossignol, qui ne vit que de chair ou d'insectes , et qu'on ne peut nourrir que de mois préparés. Son éducation plus facile est aussi plus heureuse ; on l'élève avec plaisir, parce qu'on l'instruit avec succès ; il quitte la mélodie de son chant naturel, pour se prêter à l'harmonie de nos voix et de nos instruments ; il applaudit, il accompagne, cl nous rcnd.au delà di' ce qu'on peut lui donner.
Le rossignol, plus fier de son talent, semble vouloir le conserver dans toute sa pureté , au moins parait-il faire assez peu de cas des nôtres : ce n'est qu'avec peine qu'on lui apprend à répéter quelques-unes de nos chansons. Le serin peut parler ci siiller ; le rossignol méprise la parole aillant que
le sifflet, et revient sans cesse à son brillant ramage. Son gosier, toujours nouveau , est un chef-d'œuvre de la nature auquel l'art humain ne peut rien changer, ni ajouter; celui du serin est un modèle de grâce, d'une trempe moins ferme, que nous pouvons modifier. L'un a donc bien plus de part que l'autre aux agréments de la société ; le serin chante en tout temps, il nous récrée dans les jours les plus sombres , il contribue même à notre bonheur; car il fait l'amusement de toutes les jeunes personnes, les délices des recluses; il charme au moins les ennuis du cloître , porte de la gaieté dans des âmes innocentes et captives; et ses petits amours, qu'on peut considérer de près en le faisant nicher, ont rappelé mille et mille fois à la tendresse des cœurs sacrifiés : c'est faire autant de bien que nos vautours savent faire de mal.
LIURONDELLE.
Le vol est l'étal naturel , je dirais presque l'état nécessaire de l'hirondelle. Elle mange en volant , elle boit en volant , se baigne en volant, et quelquefois donne à manger à ses petits en volant... Elle sent que l'air est son domaine, elle en parcourt toutes les dimensions et dans tous les sens, comme pour en jouir dans tous les détails , et le plaisir de celte jouissance se marque par de petits cris de gaieté. Tantôt elle donne la chasse aux insectes voltigeants , et suit avec une agilité souple leur trace oblique et tortueuse ; tantôt elle rase légèrement la surface de la terre, pour saisir ceux que la pluie ou la fraîcheur y rassemble ; tantôt elle échappe elle-même à l'impétuosité de l'oiseau de proie par la flexibilité preste de ses mouvements; toujours maîtresse de son vol dans sa plus grande vitesse , elle en change à tout instant la direction ; elle semble décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif, dont les routes se croisent, s'entrelacent, se fuient, se rapprochent, se heurtent, se roulent, montent , descendent , se perdent et reparaissent pour se croiser , se rebrouiller encore en mille manières , cl dont le plan , trop compliqué pour être représenté aux yeux par l'art du dessin, peut à peine être indiqué à l'imagination parle pinceau de la parole.
GUENEAU DK MONTBKLLURD.
Si l'empire appartenait à la beauté et non à la force, le paon sérail, sans contredit, le rci des oiseaux ; il n'en est point sur qui la nature ait versé ses trésors avec plus de profusion : la taille
DESCRIPTIONS
grande, le pori imposant, la démarche fière, la figure noble, les proportions du corps élégantes el^svelles, tout ce qui annonce un être de distinction lui a été donné ; une aigrette mobile et légère, peinte des plus riches couleurs, orne sa tête, et l'élève sans la charger; son incomparable plumage semble réunir tout ce qui flaite nos yeux dans Te coloris tendre et frais des plus belles fleurs, tout ce qui les éblouit dans les reflets pétillants des pierreries, tout ce qui les étonne dans l'éclat majestueux de l'areen-ciel : non-seulement la nature a réuni sur le plumage du paon toutes les couleurs du ciel et de la terre, pour en faire le chef-d'œuvre de sa magnificence, elle les a encore mêlées, assorties, nuancées, fondues de son inimitable pinceau, et en a fait un tableau unique où elles tirent de leur mélange avec des nuances plus sombres et de leurs oppositions entre elles, un nouveau lustre, et des effets de lumière si sublimes , que notre art ne peut ni les imiter, ni les décrire.
Tel parait à nos yeux le plumage du paon , lorsqu'il se promène paisible et seul dans un beau jour de printemps; mais si sa femelle vient tout à coup à paraître, si les feux de l'amour, se joignant aux secrètes influences de la saison , le tirent de son repos, lui inspirent une nouvelle ardeur et de nouveaux désirs , alors toutes ses beautés se multiplient , ses yeux s'animent et prennent de l'expression, son aigrette s'agite sur sa tête, et annonce l'émotion intérieure ; les longues plumes de sa queue déploient, en se relevant, leurs richesses éblouissantes;, sa tête et son cou, se renversant noblement en arrière, se dessinent avec grâce sur ce front radieux, où la lumière du soleil se joue en mille manières , se perd et se reproduit sans cesse, et semble prendre un nouvel éclat plus doux et plus moelleux, de nouvelles couleurs plus variées et plus harmonieuses ; chaque mouvement de l'oiseau produit des milliers de nuances nouvelles, des gerbes de reflets ondoyants et fugitifs , sans cesse remplacés par d'autres reflets et d'autres nuances toujours diverses cl toujours admirables.
Mais ces plumes brillantes, qui surpassent en éclat les plus belles couleurs, se flétrissent aussi comme elles, et tombent chaque année ; le paon, comme s'il sentait la honte de sa perte, craint de se faire voir dans cet étal humiliant, et cherche les retraites les plus sombres pour s'y cacher à tous les yeux, jusqu'à ce qu'un nouveau printemps, lui rendant sa parure accoutumée, le ramène sur ia scène pour y jouir des hommages dus à sa beauté : car on prétend qu'il en jouit en effet; qu'il est sensible à l'admiration ; que le vrai moyen de l'engager à étaler ses belles plumes, c'est de lui donner des regards d'attention et des
louanges ; et qu'au contraire, lorsqu'on paraît le regarder froidement et sans beaucoup d'intérêt, il "replie tous ses trésors, et les cache à qui ne sait point les admirer.
BI.FFOR.
Dans loulc société , soit des animaux , soit des hommes, la violence fil les tyrans, la douce autorité fait les rois. Le lion et le tigre sur la terre, l'aigle et le vautour dans les airs, ne régnent que par la guerre , ne dominent que par l'abus de la force et par la cruauté, au lieu que le cygne règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix : la grandeur, la majesté, la douceur, avec des puissances , des forces , du courage, et la volonté de n'en pas abuser, et de ne pas les employer que pour la défense. 11 sait combattre et vaincre , sans jamais attaquer : roi paisible des oiseaux d'eau, il brave les tyrans de l'air; il attend l'aigle, sans le provoquer, sans le craindre ; il repousse ses assauts, en opposant à ses armes la résistance de ses plumes, et les coups précipités d'une aile vigoureuse qui lui sert d'égide ; et souvent la victoire couronne ses efforts. Au reste, il n'a que ce fier ennemi; tous les oiseaux de guerre le respectent, et il est en paix avec toute la nature ; il vil en ami plutôt qu'en roi au milieu des nombreuses peupladesdes oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi ; il n'est que le chef, le premier habilant d'une république tranquille, où les citoyens n'ont rien à craindre d'un maître qui ne demande qu'autant qu'il leur accorde, et ne veut que calme et liberté.
Les grâces de la figure, la beaulé de la forme, répondent dans le cygne à la douceur du naturel ; il plaît à tous les yeux ; il décore, embellit tous les lieux qu'il fréquente ; on l'aime, on l'applaudit, on l'admire ; nul espèce ne le mérite mieux. La nature, en effet, n'a répandu sur aucune autant de ces grâces nobles et douces qui nous rappellent l'idée de ses plus charmants ouvrages : coupe de corps élégante, formes arrondies, gracieux contours, blancheur éclatante et pure, mouvements flexibles et ressentis, altitudes tantôt animées, tantôt laissées dans un mol abandon, tout dans le cygne respire la beauté, l'enchantement que nous font éprouver les grâces et la volupté; tout nous l'annonce , tout le peint comme l'oiseau de l'amour; tout justifie la spirituelle et riante mythologie d'avoir donné ce charmant oiseau pour père à la plus belle des mortelles.
A sa noble aisance, à la facilité, à la liberté de ses mouvemenls sur l'eau, on doit le reconnaître, non-seulement comme le premier des navigateurs
DESCRIPTIONS
ailés , mais comme le plus beau modèle que la nature nous ait offert pour l'art de la navigation. Son cou élevé, et sa poitrine relevée et arrondie, semblent en effet figurer la proue du navire fendant Tonde; son large estomac en présente la carène ; son corps , penebé en avant pour cingler , se redresse à l'arrière, et se relève en poupe; sa queue est un vrai gouvernail ; ses pieds sont de larges rames, et ses grandes ailes demi-ouvertes au vent, et doucement enflées, sont les voiles qui poussent le vaisseau vivant, navire et pilote à la fois.
Fier de sa noblesse , jaloux de sa beauté , le cygne semble faire parade de tous ses avantages; il a l'air de chercher à recueillir des suffrages, à captiver les regards, et il les captive en effet, soit que, voguant en troupe, on voie de loin, au milieu des grandes eaux, cingler la flotte ailée; soit que, s'en détachant et s'approchant du rivage aux signaux qui l'appellent, il vienne se faire admirer de plus près , en étalant ses beautés , et développant ses grâces par mille mouvements doux , ondulants et suaves.
Aux avantages de la nature le cygne réunit ceux de la liberté; il n'est pas du nombre de ces esclaves que nous puissions contraindre ou renfermer ; libre sur nos eaux , il n'y séjourne , ne s'y établit qu'en y jouissant d'assez d'indépendance pour exclure tout sentiment de servitude et de captivité; il veut à son gré parcourir les eaux, débarquer au rivage , s'éloigner au large , ou venir , longeant la rive , s'abriter sous les bords, se cacher dans les joncs, s'enfoncer dans les anses les plus écartées; puis, quittant sa solitude, revenir à la société , et jouir du plaisir qu'il paraît prendre et goûter en s'approchant de l'homme, pourvu qu'il trouve en nous ses hôtes et ses amis, et non ses maîtres et ses tyrans.
Chez nos ancêtres, trop simples ou trop sages pour remplir leurs jardins des beautés froides de l'art, en place des beautés vives de la nature, les cygnes étaient en possession de faire l'ornement de toutes les pièces d'eau; ils animaient, égayaient les tristes fossés des châteaux , ils décoraient la plupart des rivières , et même celle de la capitale, et l'on vit l'un des plus sensibles et des plus aimables de nos princes mettre au nombre de ses plaisirs celui de peupler de ses beaux oiseaux les bassins de ses maisons royales1.
. ois; Ali M0i:r.iii:.
De tous les êtres animés , voici le plus élégant pour la forme , et le plus brillant pour les cou-
i le prince Oonl parle Ici Duffon est le roi fjanqui» l" . IN. E.)
leurs. Les pierres et les métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature : elle l'a placé dans l'ordre des oiseaux au dernier degré de l'échelle de grandeur ; son chefd'œuvre est le petit oiseau-mouche ; elle l'a comblé de tous les dons qu'elle n'a fait que partager aux autres oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout appartient à ce petit favori. L'émeraude , le rubis, la topaze, brillent sur ses habits ; il ne les souille jamais de la poussière de la terre ; et , dans sa vie tout aérienne , on le voit à peine loucher le gazon par instants; il est toujours en l'air , volant de fleurs en fleurs; il a leur fraîcheur , comme il a leur éclat ; il vil de leur nectar , et n'habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent.
C'est dans les contrées les plus chaudes du nouveau monde que se trouvent toutes les espèces d'oiseaux-mouches : elles sont assez nombreuses, et paraissent confinées entre les deux tropiques ; car ceux qui s'avancent en été dans les zones tempérées n'y font qu'un court séjour ; ils semblent suivre le soleil, s'avancer, se retirer avec lui , et voler sur l'aile des zéphyrs à la suite d'un printemps éternel.
Les Indiens , frappés de l'éclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux, leur avaient donné les noms de rayons ou cheveux du soleil. Pour le volume, les petites espèces de ces oiseaux sont au-dessous de la grande mouche asinc (le taon) pour la grandeur, et du bourdon pour la grosseur. Leur bec est une aiguille fine , et leur langue un fil délié; leurs petits yeux noirs ne paraissent que deux points brillants; les plumes de leurs ailes sont si délicates, qu'elles en paraissent transparentes. A peine aperçoit-on leurs pieds, tant ils sont courts et menus : ils en font peu d'usage : ils ne se posent que pour passer la nuit, et se laissent, pendant le jour, emporter dans les airs; leur vol est continu, bourdonnant et rapide: on compare le bruit de leurs ailes à celui d'un rouet. Leur battement est si vif, que l'oiseau, s'arrêtant dans les airs, parait non-seulement immobile, mais tout à fait sans action. On le voit s'arrêter ainsi quelques instants devant une fleur, et partir comme un trait pour aller à une autre ; il les visite toutes , plongeant sa petite langue dans leur sein , les flattant de ses ailes, sans jamais s'y fixer, mais aussi sans les quitter jamais. 11 ne presse ses inconstances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses jouissances innocentes , car cet amant léger des fleurs vit à leurs dépens sans les flétrir; il ne fait que pomper leur miel , et c'est à cet usage que sa langue parait uniquement destinée : cllecslcomposée de deux fibres creuses, formant un petit , canal divisé au bout en deux lilcts , elle a la
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forme d'une tronrpe , dont elle fait les fonctions : l'oiseau la darde hors de son bec , et la plonge jusqu'au fond du calice des fleurs pour en tirer les sucs.
Iticn n'égale la vivacité de ces petits oiseaux , si ce n'est leur courage , ou plutôt leur audace. On les voit poursuivre avec furie des oiseaux vingt fois plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps , et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois munie ils se livrent entre eux de très-vifs combats : l'impatience paraît être leur âme ; s'ils s'approchent d'une fleur, et qu'ils la trouvent fanée , ils lui arrachent les pétales avec une précipitation qui marque leur dépit. Us n'ont d'autre voix qu'un petit cri fréquent et répété; ils le font entendre dans les bois dès l'aurore , jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil tous prennent l'essor , et se dispersent dans les campagnes.