LE LÉZARD GRIS
Le lézard gris paraît être le plus doux, le plus innocent, et l'un des plus utiles des lézards. Ce joli petit animal, si commun dans le pays où nous écrivons, et avec lequel tant de personnes ont joué dans leur enfance, n'a pas reçu de la nature un vêtement aussi éclatant que. plusieurs autres quadrupèdes ovipares ; mais elle lui a donné une parure élégante: sa pelite taille est svelte, son mouvement agile, sa course si prompte, qu'il échappe à l'œil aussi rapidement que l'oiseau qui vole. Il aime à recevoir la chaleur dusoleil; ayant besoin d'une température douce, il cherche les abris ; et, lorsque dans un beau jour de printemps, une lumière pure éclaire vivement un gazon en pente , ou une muraille qui augmente la chaleur enlaréfléchissant,on le voils'éiendresur ce mur, ou sur Therbe nouvelle avec une espèce de volupté. Il se pénètre avec délices de cetle chaleur bienfaisante, il marque son plaisir par de molles ondula lions de sa queue déliée ; il fait briller ses yeux vifs et animés; il se précipite comme un irait pour saisir une petite proie, ou pour trouver un abri plus commode. Bien loin de s'enfuir à l'approche de l'homme, il paraît le regarder avec complaisance ; mais au moindre bruit qui l'effraye, à la chute seule d'une feuille, il se roule, tombe, et demeure pendant quelques instants comme étourdi par sa chute ; ou bien il s'élance, disparait, se trouble, revient, se cache de nouveau, reparaît encore, et décrit en un instant plusieurs «circuits tortueux que l'œil a de la peine à suivre, se replie plusieurs fois sur lui-même, et se retire enfin dans quelque asile, jusqu'à ce que sa crainte soit dissipée.
A ce nom de dragon, l'on conçoit toujours Mie idée extraordinaire. La mémoire rappelle , avec promptitude, tout ce qu'on a lu, tout ce qu'on a ouï dire sur ce monstre fameux; l'imagination s'enflamme par le souvenir des grandes images qu'il a présentées au génie poétique : une sorte de frayeur saisit les cœurs timides , et la curiosité s'empare de tous les esprits. Les anciens, les modernes ont tous parlé du dragon : consacré par la religion des premiers peuples , devenu l'objet de leur mythologie, ministre des volontés des dieux, gardien de leurs trésors , servant leur amour et leur haine, soumis au pouvoir des enchanteurs , vaincu par les demi-dieux du temps antique, entrant même dans les allégories sacrées du plus saint des recueils, il a été chanté par les premiers poètes, et représenté avec toutes les couleurs qui pouvaient en embellir l'image : principal ornement des fables pieuses, imaginées dans des temps plus récents ; dompté par les héros , et même par les jeunes héroïnes qui combattaient pour une loi divine ; adopté par une seconde mythologie qui plaça les fées sur le trône des anciennes enchanteresses ; devenu l'emblème des actions éclatantes des vaillants chevaliers, il a vivifié la poésie moderne, ainsi qu'il avait animé l'ancienne.
Proclamé par la voix sévère de l'histoire, partout décrit, partout célébré, partout redouté, montré sous toutes les formes, toujours revêtu de îa plus grande puissance , immolant ses victimes par son regard, se transportant au milieu des huées avec la rapidité de l'éclair, frappant comme la foudre, dissipant l'obscurité des nuits par l'éclat de ses yeux étincelants, ré unissant l'agilité de l'aigle, la force du lion, la grandeur du serpent, présentant même quelquefois une figure humaine, cloué d'une intelligence presque divine, et adoré de nos jours dans de grands empires de l'Orient, le dragon a été lout, il s'est trouvé partout, hors dans la nature.
11 vivra cependant toujours, cet être fabuleux, dans les heureux produits d'une imagination féconde. Il embellira longtemps les images hardies d'une poésie enchanteresse; le récit de sa puissance merveilleuse charmera les loisirs de ceux qui ont besoin d'être quelquefois transportés au milieu des chimères , et qui désirent de voir la vérité parée des ornements d'une fiction agréable. Mais, à la place de cet être fantastique, que trouvons-nous dans la réalité? Un animal aussi petit que faible, un lézard innocent et tranquille, un des moins armés de tous les quadrupèdes ovipares, et qui, par une conformation particulière, à la facilité de se transporter avec agilité, et de voltiger de branche en branche dans les forêts qu'il
DESCRIPTIUiNS.
habile. Les espèces d'ailes dont il a clé pourvu, son corps de lézard et tous ses rapports avec les serpents , ont fait trouver quelque sorle de ressemblance éloignée entre ce petit animal et le monstre imaginaire dont nous avons parlé , et lui ont fait donner le nom de dragon par les naturalistes.
LE MÊME
Ce formidable squale parvient jusqu'à une longueur de plus de dix mètres (trente pieds, ou environ ) ; il pèse quelquefois près de cinquante myriagrammes (mille livres); et il s'en faut de beaucoup que l'on ait prouvé que l'on doit regarder comme exagérée l'assertion de ceux qui onl prétendu qu'on avait péché un requin du poids de plus de cent quatre-vingt-dix myriagrammes ( quatre mille livres ).
Mais la grandeur n'est pas son seul attribut; il a reçu aussi la force et des armes meurtrières ; et, féroce autant que vorace, impétueux dans ses mouvements, avide de sang, insatiable de proie, il est véritablement le tigre de la mer. Recherchant sans crainte tout ennemi, poursuivant avec plus d'obstination , attaquant avec plus de rage, combattant avec plus d'acharnementqueles autres habitants des eaux ; plus dangereux que plusieurs cétacés, qui , presque toujours, sont moins puissants que lui ; inspirant même plus d'effroi que les baleines, qui , moins bien armées, et douées d'appétits bien différents, ne provoquent presque jamais ni l'homme, ni les grands animaux; rapide
dans sa course, répandu sur tous les climats , ayant envahi, pour ainsi dire , toutes les mers : paraissant souvent au milieu des tempêtes ; aperçu facilement par l'éclat phosphoriquedonlil brille, au milieu des ombres des nuits les plus orageuses; menaçant de sa gueule énorme et dévorante les infortunés navigateurs exposés aux borreuis du naufrage, leur fermant toute voie de salut, leur montrant, en quelque sorte, leur tombe ouverte, et plaçant sous leurs yeux le signal de la destruction. Il n'est passurprenant qu'il ait reçu le nom sinistre qu'il porte, et qui, réveillant tant d'idées lugubres, rappelle surtout la mort dont il est le ministre. Requin est, en effet, une corruption de requiem, qui désigne depuis longtemps, en Europe, la mort et le repos éternel, et qui a dû être souvent, pour des passagers effrayés, l'expression de leur consternation, à la vue d'un squale de plus de trente pieds de longueur, et des victimes déchirées ou ensanglantées par ce tyran des ondes. Terrible encore lorsqu'on a pu parvenir à l'accabler de chaînes , se débattant avec violence au milieu de ses liens ; conservant une grande puissance, lors même qu'il est déjà tout baigné dans son sang, et pouvant, d'un seul coup de sa queue, répandre le ravage autour de lui à l'instant même où il est près d'expirer, n'est-il pas le plus formidable de tous les animaux auxquels la nature n'a pas départi des armes empoisonnées? Le tigre le plus furieux, au milieu des sables brûlants; lecrocodile le plus fort, sur les rivages équaloriaux; le serpent le plus démesuré , dans les solitudes africaines , doivent-ils inspirer autant d'effroi qu'un énorme requin au milieu des vagues agitées?
LE même. Histoire naturelle des poissons, t. 1er.
DEFINITIONS
Ce que l'on conçoit bien «'énonce clairemei.
Et les mois pour le dire arrivent aisément.
boileau. Art poèt., chant. 1.