‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 120 sur 649 · DE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

DE LA PROVIDENCE

Que le monde est grand , qu'il est magnifiq-ie ! Que le gouvernement des États et des empires offre à nos yeux de sagesse , d'ordre et de magnificence, quand nous y voyons une Providence qui dispose de tout , depuis une extrémité jusqu'à l'aulr», avec poids, avec nombre, avec mesure; qui voit les événements les plus éloignés dans leurs causes ; qui renferme dans sa volonté les causes de tous les événements; qui donne au monde des princes et des souverains , selon ses desseins de justice ou de miséricorde sur les peuples ; qui donne la paix, ou qui permet les guerres, selon les vues de sa sagesse ; qui donne aux rois des ministres sages ou corrompus; qui dispense les bons ou les mauvais succès, selon qu'ils deviennent plus utiles à la consommation de son ouvrage ; qui règle le cours des passions humaines, et qui , par des ménagements inexplicables , fait servira ses desseins la malice même des hommes! Que le monde , considéré dans ce point de vue , et avec l'ouvrier souverain qui le conduit est plein d'ordre, d'harmonie et de magnificence '

Mais, si on en sépare la Providence, et qu'on le regarde tout seul , si on n'y voit plus que les passions humaines qui semblent mettre tout en mouvement , ce n'est plus qu'un chaos , qu'un théâtre

k'ojcz , en vers , Morale religieuse, clc.

de confusion et de trouble, où nul n'est à sa place ; où l'impie jouit de la récompense de la vertu ; où l'homme de bien a souvent pour partage l'abjection et les peines du vice ; où les passions sont les seules lois consultées ; où les hommes ne sont liés entre eux que par les intérêts mêmes qui les divisent ; où le hasard semble décider des plus grands événements ; où les bons succès sont rarement la preuve et la récompense de la bonne cause ; où l'ambition et la témérité s'élèvent aux premières places que le mérite craint , et qu'on refuse au mérite ; enfin, où l'on ne voit point d'ordre, parce que l'on n'y voit que l'irrégularité des mouvements, sans en comprendre le secret et l'usage. Voilà le monde séparé de la Providence.

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