‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 122 sur 649 · L ORATEUR CHRETIEN · texte numérisé non relu

L ORATEUR CHRETIEN

Le christianisme élevait une tribune où les plus sublimes vérités étaient annoncées hautement pour tout lemonde, où les plus pures leçons de la morale étaient rendues familières à la multitude ignorante; tribune formidable, devant laquclles'étaient humiliés les empereurs souillés du sang des peuples ; tribune pacifique et lulélaire , qui, plus d'une fois, donna reluge à ses mortels ennemis; tribune où furent longtemps défendus des intérêts partout abandonnés, et qui, seule, plaidait éternellement la cause du pauvre contre le riche, du faible contre l'oppresseur, et de l'homme contre lui-même.

Là , tout s'ennoblit et se divinise : l'orateur, maître des esprits , qu'il élève et qu'il consterne tour à tour, peut leur montrer quelque chose de plus grand que la gloire et de plus effrayant que

so

DEFINITIONS

la mort ; il peut faire descendre du liau', des cieux une éternelle espérance sur ces tombeaux où Périclès n'apportait que des regrets et des larmes. Si , comme l'orateur romain , il célèbre les guerriers de la légion de Mars , tombés au champ de bataille, il donne à leurs âmes cette immortalité queCicéron n'osait promettre qu'à leur souvenir *; il charge Dieu lui-même d'acquitter la reconnaissance de la patrie. Veut-il se renfermer dans la prédication évangélique , cette science de la morale , celte expérience de l'homme , ces secrels des passions , étude étemelle des philosophes et des orateurs anciens , doivent être dans sa main. C'est lui, plus encore que l'orateur de l'antiquité, qui doit connaître tous les détours du cœur humain , toutes les vicissitudes des émotions , toutes les parties sensibles de l'âme , non pour exciter ces affections violentes, ces animosités populaires , ces grands incendies des passions , ces feux de vengeance et de haine où triomphait l'antique éloquence, mais pour apaiser, pour adoucir, pour purifier les âmes. Armé contre toutes les passions , sans avoir le droit d'en appeler aucune à son secours , il est obligé de créer une passion nouvelle, s'il est permis de profaner, par ce nom, le sentiment profond et sublime qui , seul , peut tout vaincre et tout remplacer dans les cœurs, l'enthousiasme religieux qui doit donner à son accent, à ses pensées, à ses paroles, plutôt l'inspiration d'un prophète que le mouvement d'un orateur.

Villemain. Discours d'ouverlure, décembre 1822.

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