LESPR1T ET LE GÉNIE
Lorsque quelqu'un voudra reconnaître si la nature lui a donné le génie, qu'il lise avec altenlion les ouvrages qu'une admiration universelle et soutenue a reconnus pour appartenir au génie; qu'il contemple dans les arts les monuments qu'un consentement général a rapportés à ce même génie, et qu'il apporte à cette élude et à cette contemplation les connaissances préliminaires nécessaires. S'il lit froidement etsans enthousiasme s'il n'est ému ou transporté qu'à demi , s'il n'est pas ravi, pour ainsi dire, en extase à la vue de l'empreinte sacréedu génie, si un trailsublime l'effleure lorsqu'il devrait le percer, la nature lui a refusé sa céleste lumière ; non-seulement il ne possède pas le génie développé, il n'en a seulement pas reçu le plus faible rayon : il ne doit pas s'attendre à dévoiler les grands secrets de la nature ; il pourra découvrir des vérités, rendre des services à la science , cl l'avancer ; mais il n'aura que de l'esprit ; et , s'il élève un monument durable, ce ne sera pas un monument immense.
iMais, s'il écoute avec transport la voix du génie qui lui parlera dans les écrits des grands hommes ; si celle voix forte et divine grave ses paroles dans son àme en caractères profonds ; s'il est hors de lui-même en contemplant les vastes productions et les grands ensembles ; si les chefs-d'œuvre des arts , au moins de ceux pour lesquels ses organes sont formés , si ces chefs-d'œuvre le ravissent, s'il les goûte, pour ainsi dire, intimement ; si ses yeux se remplissent de larmes , si son cœur est oppressé, s'il s'identilie avec l'auteur de l'ouvrage | qu'il admire, et s'applique tout entier avec lui j à chaque partie de ce même ouvrage ; s'il sent naître dans son àme un ardent désir de créer de grandes choses , et si la vue nette de grandes productions lui inspire une certaine conliance de les imiter, la nature a allumé pour lui le flambeau du génie : bientôt tout s'aplanira sous ses pas , les grandes découvertes lui sont réservées, il verra, pour ainsi dire , la nature sans aucun voile , cl sera immortel comme elle.
A la vérité, s'il est doué d'une sensibilité profonde , l'esprit seul pourra lui faire éprouver, à la vue des chefs-d'œuvre des arts, toutes les sensations que je viens de décrire. Mais que le jeune physicien qui sentira brûler dans son âme un feu trop vif de sensibillé , et se méfiera de cette faculté ardente dans l'épreuve qu'il voudra faire de ses forces , essaye son àme devant les chefs-d'œu-