‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 134 sur 649 · LA POLICE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA POLICE DE PARIS

Les citoyens d'une ville bien policée jouissent de l'ordre qui est établi , sans songer combien il

• Voyez Morale religieuse, el Bourdaloue.

même sujet , par Massillon

en coûte de peines à ceux qui l'établissent ou le conservent, à peu près comme tous les hommes jouissentde la régularité des mouvements célestes, sans en avoir aucune connaissance; et même, plus l'ordre d'une police ressemble , par son uniformité, à celui des corps célestes, plus il est insensible, et, par conséquent, il est toujours d'autant plus ignoré qu'il est plus parfait. Mais qui voudrait le connaître el l'approfondir en serait effrayé.

Entretenir perpétuellement dans une ville telle que Paris une consommation immense, dont une infinité d'accidents peuvent toujours tarir quelques sources, réprimer la tyrannie des marchands à l'égard du public, et en même temps animer leur commerce; empêcher les usurpations mutuelles des uns sur les autres , souvent difficiles à démêler; reconnaître, dans une foule infinie, tous ceux qui peuvent si aisément y cacher une industrie pernicieuse , en purger la société , ou ne les tolérer qu'autant qu'ils lui peuvent être utiles, par des emplois dont d'autres qu'eux ne se chargeraient pas, ou ne s'acquitteraient pas si bien ; tenir les abus nécessaires dans les bornes prescrites de la nécessité , qu'ils sont toujours prêts à franchir; les renfermer dans l'obscurité à laquelle ils doivent être condamnés, et ne les en tirer pas même par des châtiments trop éclatants; ignorer ce qu'il vaut mieux ignorer que punir, et ne punir que rarement et utilement; pénétrer, par des conduits souterrains , dans l'intérieur des familles , et leur garder des secrets qu'elles n'ont pas confiés, tant qu'il n'est pas nécessaire d'en faire usage ; être présent partout sans être vu ; enfin, mouvoir ou arrêter à son gré une multitude immense et tumultueuse , et être l'âme toujours agissante et presque inconnue de ce grand corps : voilà quelles sont, en général, les fonctions du magistrat de la police.

Il ne semble pas qu'un homme seul y puisse suffire, ni par la quantité des choses dont il faut être instruit, ni par celle des vues qu'il faut suivre , ni par l'application qu'il faut apporter , ni parla variété des conduites qu'il faut tenir et des caractères qu'il faut prendre; mais la voix publique répondra si d'Argenson a suffi à tout.

fontenelle. Éloge de d' Argenson.

Page 1