‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 138 sur 649 · LA VRAIE GLOIRE · texte numérisé non relu

LA VRAIE GLOIRE

La gloire est un sentiment qui nous élève à nos propres yeux, et qui accroît notre considération aux yeux des hommes éclairés. Son idée est indivisiblement liée avec celle d'une grande difficulté vaincue, d'une grande utilité subséquente au succès, et d'une égale augmentation de bonheur pour l'univers, ou pour la patrie. Quelque génie que je reconnaisse dans l'invention d'une arme meurtrière , j'exciterais une juste indignation, si je disais que tel homme ou telle nation eut la gloire de l'avoir inventée. La gloire , du moins selon les idées que je m'en suis formées, n'est pas la récompense du plus grand succès dans les sciences. Inventez un nouveau calcul, composez un poème sublime , ayez surpassé Cicéron ou Démosthène en éloquence , Thucydide ou Tacite dans l'histoire, je vous accorderai la célébrité, mais non la gloire.

On ne l'obtient pas davantage de l'excellence du talent dans les arts. Je suppose que vous ayez tiré d'un bloc de marbre, ou le Gladiateur, ou l' Apollon du Belvédère; que la Transfiguration %

Le cbcf-d'œuvrc du prince des peintres modernes, de

«oit sortie de votre pinceau , ou que vos chants simples, expressifs et mélodieux vous aient placé sur la ligne de Pergolèse , vous jouirez d'une grande réputation , mais non de la gloire. Je dis plus : égalez Vauban dans l'art de fortifier les places, Turenne ouCondédans l'art de commander les armées; gagnez des batailles, conquérez des provinces , toutes ces actions seront belles , sans doute, et votre nom passera à la poslérité la plus reculée; mais c'est à d'autres qualités que la gloire est réservée. On n'a pas la gloire pour avoir ajouté à celle de sa nation. On est l'honneur de son corps, sans être- la gloire de son pays. Un particulier peut souvent aspirer à la réputation , à la renommée , à l'immortalité : il n'y a que des circonstances rares, une heureuse étoile, qui puissent le conduire à la gloire.

La gloire appartient à Dieu dans le ciel. Sur la terre, c'est le lot de la vertu, et non du génie, de la vertu utile, grande, bienfaisante, éclatante, héroïque. C'est le lot d'un monarque qui s'est occupé, pendant un règne orageux, du bonheur de ses sujets , et qui s'en est occupé avec succès. C'est le lot d'un sujet qui aurait sacrifié sa vie au salut de ses concitoyens. C'est le lot d'un peuple qui aura mieux aimé mourir libre que de vivre esclave. C'est le lot, non d'un César ou d'un Pompée , mais d'un Régulus ou d'un Caton. C'est le lot d'un Henri IV ».

uaykal . Histoire philoscpkique.

Par elle, l'homme ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature l'ait renfermé : citoyen de toutes les républiques, habitant de tous les empires , le monde entier est m patrie. La science, comme un guide aussi fidèle que rapide, le conduit de pays en pays, de Jovaume en royaume ; elle lui en découvre les lois , les mœurs , la religion , le gouvernement : «j revient chargé des dépouilles de l'Orient et de l'Occident ; et , joignant les richesses étrangères a ses propres trésors, il semble que la science lui ait appris à rendre toutes les nations de la terre tributaires de sa doctrine.

Dédaignant les bornes des temps comme celles des lieux , on dirait qu'elle l'ait fait vivre longtemps avant sa naissance. C'est l'homme de tous les siècles, comme de tous les pays. Tous les

Raphaël. - Pergolèsefut un dos plus grands compositeurs italiens, il est l'auteur de la Servante-Maîtresse et du fameux Slalal. KO en 1704, mort en 1737. (N. E.)

1 Voyez Morale religieuse.

DÉFINITIONS. 99

sages de l'antiquité ont pensé , ont agi pour lui : ou^plulôt il a vécu avec eux ; il a entendu-leur* leçons ; il a été le témoin de leurs grand» exemples. Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu'à admirer leurs lumières, quel aiguillon leurs paroles ne laissent-elles pas dans son esprit ! quelle sainte jalousie leurs actions u'allu» mcnt-clles pas dans son cœur!

Ainsi nos pères s'animaient à la vertu : uno noble émulation les portait à rendre à leur tour Athènes et Rome jalouses de leur gloire; ils voulaient surpasser les Aristide en justice, IesPhocion en constance , les Fabrice en modération , et les Caton même en vertu.

Que si les exemples de sagesse , de grandeur d'àme, de générosité, d'amour de la patrie, deviennent plus rares que jamais , c'est parce que la mollesse et la vanité de notre âge ont rompu les nœuds de celte douce et utile société que la science forme entre les vivants et les illustres morts dont elle ranime les cendres pour en formelle modèle de notre conduite.

D'AGUliSSEAU. Nécessite de la science-

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