CONNAISSANCE DE
Le précepte le plus commun de la philosophie, tant païenne que chrétienne , est celui de se connaître soi-même; et il n'y a rien en quoi les hommes se soient plus accordés que dans l'aveu de ce devoir : c'est une de ces vérités sensibles qui n'ont point besoin de preuves , et qui trouvent dans tous les hommes un cœur qui les sent et une lumière qui les approuve. Quelque agréable qu'on s'imagine l'illusion d'un homme qui se trompe dans l'idée qu'il a de lui-même , on le trouve toujours malheureux d'être trompé , et on est, au contraire, pénétré du sentiment qu'un poète a exprimé dans ces vers :
VU mors gravis incubât Qui, notus nimis omnibus, Ignotus moritur sibi i.
Qu'un homme est méprisable à l'heure du trépas Lorsqu'ayant iiéçli;;e le seul point nécessaire, Il meurt connu de tous , et ne se connaît pas !
Il faut faire d'autant plus d'état de ces principes , dans lesquels les hommes se trouvent unis par un consentement si unanime , que cela ne leur arrive pas souvent. Leur humeur vaine et maligne les a toujours portés à se contredire les uns les autres, quand ils en ont eu le moindre sujet. Chacun a voulu ou rabaisser les autres , ou s'en distinguer , en disant quelque chose de nouveau , et en ne suivant pas simplement le train commun. Ainsi il faut qu'une vérité soit bien claire, lorsqu'elle étouffe cette inclination, et qu'elle les contraint à se réunir dans quelque maxime. Et c'est ce qui est arrivé à l'égard de celle-ci : car il ne s'est point trouvé de philosophe assez bizarre pour prétendre que l'homme devait éviter de se connaître ; que si quelqu'un passait même jusqu'à cet excès , il ne le pourrait faire qu'en supposant que l'homme est si malheureux, et que ses maux sont tellement sans remède, qu'il ne ferait qu'augmenter son malheur en se connaissant soi-même; et ainsi il faudrait toujours se connaître, pour conclure, même par ce bizarre raisonnement, qu'il est bon de ne se connaître pas:
Mais ce qui est bien étrange, c'est qu'étant si unis à avouer l'importance de ce devoir, ils ne le sont pas moins dans l'éloignement de le pratiquer. Car, bien loin de travailler sérieusement à acquérir cette connaissance, ils ne sont presque occupés toute leur vie que du soin de l'éviter. Rien ne leur est plus odieux que cette lumière qui les découvre à leurs propres yeux, et qui les oblige de se voir tels qu'ils sont. Ainsi, ils font toutes choses pour se la cacher, et ils établissent leur repos à vivre dans l'ignorance et dans l'oubli de leur état.
Nicole. Essais de morale.
1 Sén. Thycste, acl. II. 40Î
FABLES ET ALLEGORIES.
r.à, pour nous enchanter tout est uns en usage, Tout prend un corps, une âme, un esprit , un vlsagç, boileau. Art pott., chant m.