FAIBLESSE HUMAINE
Cet étal qui lient le milieu entre les extrêmes, se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême : trop de bruit nous
i Remarquez l'ellipse de la phrase. Si toutes les Idées CUiCnl exprimées, il y aurait « des veines, du sang dans ecs vaincs, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ecs
assourdit, trop de lumière nous éblouit, trop de distance et trop de proximité empêchent la vue, trop de longueur et trop de brièveté obscurcissent un discours, trop de plaisir incommode, trop de consonnanecs déplaisent ; nous ne sentons ni l'extrême chaud , ni l'extrême froid ; les qualité» excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles ; nous ne les sentons plus, nous les souflrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit, trop et trop peu de nourriture troublent ses actions, trop et trop peu d'instruction l'abêtissent. Les choses extrêmes sont poifr nous comme si elles n'étaient pas, et nous ne sommes point à leur égard : elles nous échappent, ou nous à elles...
La faiblesse de la raison de l'homme paraît bien davantage eu ceux qui ne la connaissent pas, qu'en ceux qui la connaissent. Si on est trop jeune, on ne juge pas bien ; si on est trop vieux, de même; si on n'y songe pas assez, si on y songe trop, on s'enlêle, et l'on ne peut trouver la vérité. Si l'on considère son ouvrage incontinent après l'avoir fait, on en est encore tout prévenu ; si trop longtemps après, on n'y entre plus. 11 n'y a qu'un point indivisible qui soit le véritable lieu de voir les tableaux; les autres sont trop près, trop loin, trop haut, trop bas. La perspective l'assigne dans l'art de la peinture ; mais, dans la vérité et dans la morale, qui l'assignera?...
Celte maîtresse d'erreur, qu'on appelle fantaisie et opinion, est d'autant plus fourbe, qu'elle ne l'est pas toujours ; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infaillible de mensonge. Mais, étant le plus souvent fausse, elle ue donne aucune marque de sa qualité , marquant de même caractère le vrai et le faux. Celle superbe puissance , ennemie de la raison qui se plaîi à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature : elle a ses heureux et ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres, ses sages et ses fous ; et rien, ne nous dépite davantage, que de voir qu'elle remplit ses hôies d'une satisfaction beaucoup plus pleine et entière que la raison..
Les habiles par imagination se plaisent tout autrement en eux-mêmes que les prudents ne peuvent raisonnablement se plaire ; ils regardent les gens avec empire, ils disputent avec hardiesse cl confiance ; les autres, avec crainle et défiaucc ; et celle gaielé de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des écoulants : tant les
humeurs, des vapeur
est plus énergique. (I
daua ces jouîtes.» La forme UcPascl
TUORALE RELIGIEUSE,
sages imaginaires ont de faveur auprès de leurs juges de même nature ! Elle ne peut rendre sages les fous ; mais elle les rend contents , à l'envi de la raison , qui ne peut rendre ses amis que misérables : Tune les comble de gloire , l'autre les couvre de honte. Qui dispense la réputation ? qui donne le respect et la vénération aux personnes , aux ouvrages , aux grands , sinon l'opinion ? Combien toutes les richesses de la terre sont-elles insuffisantes sans son consentement? L'opinion dispose de tout : elle fait la beauté , la justice et le bonhW, qui est le tout du monde *.