‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 167 sur 649 · ÏA SCÈNE DU MONDE, OU TOUT CHANGE, EXCEPTÉ DIEU · texte numérisé non relu

ÏA SCÈNE DU MONDE, OU TOUT CHANGE, EXCEPTÉ DIEU

Rappelez seulement les victoires , les prises de places , les traités glorieux , les magnificences , les événements pompeux des premières années de ce règne. Vous y touchez encore ; vous en avez été , la plupart , non-seulement spectateurs , mais vous en avez partagé les périls et la gloire : ils passeront dans nos annales jusqu'à nos derniers neveux ; mais pour vous , ce n'est déjà plus qu'un songe , qu'un éclair qui a disparu , et que chaque jour efface même de votre souvenir. Qu'est-ce donc que le peu de chemin qui vous reste à faire? Croyons-nous que les jours à venir aient plus de réalité que les passés. Les années paraissent longues quand elles sont encore loin de nous; arrivées , elles disparaissent , elles nous échappent en un instant , et nous n'aurons pas tourné là tête que nous nous trouverons, comme par un enchantement , au terme fatal qui nous paraît encore si loin , et ne devoir jamais arriver.

Regardez le monde tel que vous l'avez vu dans vos premières années , et tel que vous le voyez aujourd'hui. Une nouvelle cour a succédé à celle que vos premiers ans ont vue ; de nouveaux personnages sont montés sur la scène ; les grands rôles sont remplis par de nouveaux acteurs , ce sont de nouveaux événements , de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de nouveaux héros dans la vertu comme dans le vice , qui font le sujet des louanges , des dérisions , des censures publiques : un nouveau monde s'est élevé insensiblement, et sans que vous vous en soyez aperçus, sur les débris du premier.

Tout passe avec vous et comme vous; une rapidité que rien n'arrête , entraîne tout dans les abîmes de l'éternité ; nos ancêtres nous en frayè-

t Voyez Allégories, 2c partie, le temple el le trône de l'Opinion.

2 Voyez en ves , Morceaux lyriques.

rent hier le chemin , et nous allons le frayer demain à ceux qui viendront après nous. Les âges se renouvellent ; la figure du monde passe sans cesse ; les morts et les vivants se remplacent et se succèdent continuellement : rien ne demeure , tout change , tout s'use , tout s'éteint ; Dieu seul demeure toujours le même ; le torrent des siècles qui entraîne tous les hommes coule devant ses yeux , et il voit avec indignation de faibles mortels , emportés par ce cours rapide , l'insulter en passant , vouloir faire de ce seul instant tout leur bonheur, et tomber, au sortir de là, entre les mains de sa colère et de sa vengeance 2. massulon. carême.

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