‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 169 sur 649 · FLATTERIE , DÉGUISEMENT DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

FLATTERIE , DÉGUISEMENT DE LA VÉRITÉ

L'esprit du monde est un esprit de souplesse et de ménagement : comme l'amour-propre en est le principe , il ne cherche la vérité qu'autant que la vérité lui peut plaire. Nous n'avons qu'à nous juger de bonne foi pour convenir que c'est là notre caractère. Toute notre vie n'est qu'une suite de ménagements et de complaisances ; partout nous sacrifions les lumières de notre conscience aux erreurs et aux préjuges de ceux avec qui nous vivons. Nous connaissons la vérité , et cependant nous applaudissons aux maximes qui la combattent ; nous n'osons résister à ceux qui la condamnent ; nous donnons tous les jours à la flatterie

Christ ressuscita Lazare , frère de Martle cl île iijric, déjà mort depuis quatre jours. (N«t)

OU PHILOSOriIIE PRATIQUE

et au désir de ne pas déplaire mille choses que noire conscience nous reproche , et d'où notre goût même nous éloigne ; en un mot , nous ne vivons pas pour nous-mêmes et pour la vérité , nous vivons pour les autres et pour la vanité. De lu vient que, dès que la vérité est en concurrence avec quelques-unes de nos passions, et qu'il faut leur donner atteinte en se déclarant pour elle, nous l'abandonnons. Ainsi , toute notre vie se passe à déférer aux autres, ù nous accommoder à leurs passions, à suivre leurs exemples. La complaisance est le grand ressort de toute notre conduite ; et , n'ayant peut-être point de vice à nous, nous devenons coupables de ceux de tous les autres. hassillon»,

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Si nous voulons nous juger nous-mêmes , et entrer dans le détail de nos devoirs, de nos liaisons, de nos entretiens , nous verrons que tous nos discours et toutes nos démarches ne sont que des adoucissements de la vérité , et des tempéraments pour la réconcilier avec les préjugés ou les passions de ceux avec qui nous avons à vivre. Nous ne leur montrons jamais la vérité que par les endroits par où elle peut leur plaire ; nous trouvons toujours un beau côté dans leurs vices les plus déplorables ; et, comme toutes les passions ressemblent toujours à quelque vertu , nous ne manquons jamais de nous sauver à la faveur de cette ressemblance.

Ainsi tous les jours , devant un ambitieux , nous parlons de l'amour de la gloire et du désir de parvenir , comme des seuls penchants qui font les grands hommes ; nous flattons son orgueil , nous allumons ses désirs par des espérances et par des prédictions flatteuses et chimériques ; nous nourrissons l'erreur de son imagination en rapprochant de lui des fantômes dont il se repaît sans cesse luimême. Nous osons peut-être , en général , plaindre les hommes de tant s'agiter pour des choses que le hasard distribue , et que la mort va nous ravir demain ; mais nous n'osons blâmer l'insensé qui sacrilic à cette fumée son repos, sa vie et sa conscience. Devant un vindicatif, nous justifions son ressentiment et sa colère ; nous adoucissons son crime dans son esprit, en autorisant l'a justice de ses plaintes; nous ménageons sa passion , en exagérant le tort de son ennemi : nous osons peutêtre dire qu'il faut pardonner, mais nous n'osons pas ajouter que le premier degré du pardon , c'est de ne plus parler de l'injure qu'on a reçue.

Devant un courtisan mécontent de sa fortune , cl jaloux de celle des autres , nous lui montrons ses concurrents par les endroits les moins favorables; nous jetons habilement u;i nuage fur leur

mérite et sur leur gloire, de peur qu'elle ne blesse les yeux jaloux de celui qui nous écoule. Nous diminuons , nous obscurcissons l'éclat de leurs talents et de leurs servie** ; et , par nos ménagements injustes , nous aigrissons la passion , nous l'aidons à s'aveugler , et à regarder comme des honneurs qu'on lui ravit tous ceux qu'on répand sur ses frères. Que dirai-je ? Devant un prodigue , ses profusions ne sont plus dans notre bouche qu'un air de générosité et de magnificence ; devant un avare, sa dureté et sa sordidité ne sont plus qu'une sage modération et une bonne conduite domestique; devant un grand , ses préjugés et ses erreurs trouvent toujours en nous des apologies toutes prêtes; on respecte ses passions comme son autorité, et ses préjugés deviennent toujours les nôtres. Enfin nous empruntons les erreurs de tous ceux avec qui nous vivons ; nous nous transformons en d'autres eux-mêmes ; notre grande éludé est de connaître leurs faiblesses pour nous les approprier : nous n'avons point de langage à nous , nous parlons toujours le langage des autres ; nos discours ne sont qu'une répétition de leurs préjugés; et cet indigne avilissement de la vérité , nous l'appelons la science du monde , la prudence qui sait prendre son parti, le grand art de réussir et de plaire»

LE MEME

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